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Data Detox

L’exposition Nos outils numériques nous traquent. Géolocalisation par smartphone, historique de navigation sur Internet, repérage de notre emplacement sur les réseaux sociaux… Ces traces sont récoltées, vendues, utilisées pour nous influencer. L’exposition Data Detox réalisée par la Bibliothèque de l’EPFL est visible à l’Espace le 4e de la Bibliothèque de la Cité jusqu’au 26 janvier 2020. L’occasion pour constater que nos activités en ligne produisent beaucoup de données personnelles et de comprendre qu’elles sont exploitées par des tiers. Après ce constat étourdissant, la visite de l’exposition vous apporte quelques pistes pour limiter la collecte et/ou l’exploitation de vos données personnelles. Une brochure contenant des exercices pour mieux protéger votre vie numérique vous accompagne dans la visite de l’exposition Data Detox. Pour l’obtenir, rendez-vous à l’Espace le 4e à la Bibliothèque de la Cité ! Ressources sur le sujet Accédez directement aux ressources dans le catalogue des bibliothèques municipales en ligne. Ateliers Data Detox Dimanche 1er décembre 2019  Dimanche 12 janvier 2020  14h | env. 2h | sans inscription Un-e bibliothécaire vous accompagne dans votre visite de l’exposition Data Detox à l’Espace le 4e. Vous souhaitez mieux paramétrer votre smartphone ou votre navigateur pour améliorer la protection de vos données personnelles ? Après un court bilan de santé de votre identité numérique, accompagné-e d’un-e bibliothécaire, mettez en pratique des outils présentés dans l’exposition. N’oubliez pas votre ordinateur et/ou votre smartphone !

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Recyclez vos téléphones !

Une urne de récupération de téléphones usagés est disponible à l’espace le 4e de la Bibliothèque de la Cité, mais aussi à la Bibliothèques des Pâquis et celle des Eaux-Vives. Les téléphones seront récupérés et recyclés par la Fondation Terre des Hommes. Pour en savoir plus sur la campagne Solidarcomm : https://www.solidarcomm.ch/ Ateliers L’or de nos natels 16.10.19 : Bibliothèque des Minoteries27.11.19 : Bibliothèque des Pâquis, inscriptions : paquis-jeunes.bmu@ville-ge.ch11.12.19 : Espace le 4, inscriptions : https://bmgeneve.agenda.ch/ Certains petits bouts de nature sont si bien cachés… Tels les minerais qui font fonctionner nos natels, l’or par exemple. L’atelier propose aux enfants d’ouvrir des téléphones portables pour découvrir leur contenu, puis de remonter leur chaîne de production jusqu’aux mines du Burkina Faso, où les droits de l’enfant sont gravement bafoués. Aujourd’hui, la plupart des jeunes dès l’âge de 10 ans possèdent un téléphone portable. Discussion, visionnage de films et jeu, l’atelier sensibilise aux conséquences de notre surconsommation de téléphones et propose des changements de comportement.

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Métaux rares, la face cachée du numérique et du renouvelable

Conférence de Guillaume Pitron, journaliste et réalisateurMercredi 30 octobre 2019 à 19h, bibliothèque de la Cité (5, place des Trois-Perdrix), espace «Le 4e» On a cru pendant un temps aux promesses des «terres rares». Ou du moins, on a fait mine d’y croire. Des minéraux aux noms inédits – terbium, lutecium, gadolinium… –, disponibles dans des quantités infimes dans le sous-sol, permettraient de miniaturiser nos outils numériques jusqu’à mettre un ordinateur dans chaque poche de notre pantalon. Mieux encore: le champ magnétique surpuissant que dégagent ces minéraux nous permettrait de remplacer «des ressources qui rejettent des millions de milliards de tonnes de gaz carbonique par d’autres qui ne brûlent pas – et ne génèrent donc pas le moindre gramme de CO2», écrit Guillaume Pitron dans son livre La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique et numérique (Les Liens qui libèrent, 2018). C’est donc, se disait-on, «de la convergence des green tech [technologies vertes] et de l’informatique que va naître un monde meilleur». Merveilleusement bien. Sauf que… «Pendant six ans, nous avons mené l’enquête dans une douzaine de pays sur ces nouvelles matières rares qui bouleversent déjà le monde. Pour cela, il nous a fallu fréquenter les replis des mines de l’Asie tropicale, tendre l’oreille aux murmures des députés dans les couloirs du Palais-Bourbon, survoler les déserts de Californie en bimoteur, nous incliner devant la reine d’une tribu oubliée d’Afrique australe, nous rendre dans les « villages du cancer » de la Mongolie intérieure et dépoussiérer de vieux parchemins remisés dans de vénérables institutions londoniennes. Sur quatre continents, des hommes et des femmes agissant dans le monde trouble, discret, des métaux rares nous ont révélé un tout autre récit, beaucoup plus sombre, de la transition énergétique et numérique. À les entendre, l’irruption de ces nouvelles matières dans le sillage des ressources fossiles n’a pas rendu à l’homme et à la planète les services que laissait augurer l’éclosion d’un monde supposément plus vert, plus fraternel, plus clairvoyant – loin de là.» Guillaume Pitron, «La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique et numérique» (Paris, Les Liens qui libèrent, 2018) Après son documentaire La sale guerre des terres rares de 2012 (visible en cliquant ici), après la sortie de son livre La guerre des métaux rares: La face cachée de la transition énergétique et numérique en 2018 (disponible dans le catalogue des Bibliothèques municipales en version livre papier et en version «livre lu») et avant la sortie de son nouveau film en 2020, le journaliste et réalisateur Guillaume Pitron présente ses enquêtes et répond à vos questions lors d’une conférence… Mercredi 30 octobre 2019 à 19h à la bibliothèque de la Cité (5, place des Trois-Perdrix), dans l’espace «Le 4e»ATTENTION: accès par le 10, rue de la Tour-de-Boël (côté Vieille-Ville) après la fermeture des portes du rez-de-chaussée à 19h

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Du «Naturien» à l’Internet des arbres

Une conférence avec le duo de médiation culturelle numérique des Bibliothèques municipales PROCHAINE ET DERNIÈRE DATE: Mercredi 13 novembre à 18h30 à la bibliothèque de Saint-Jean (Avenue des Tilleuls 19, entrée rue Miléant) Un soir d’avril en 1895, un groupe d’hommes et de femmes se réunit dans l’arrière-salle d’un marchand de vin à Montmartre, sous une surveillance policière aussi dense que discrète, pour tenter de changer le cours de l’histoire en orchestrant un «retour à l’état de nature». Ces conspiratrices rêveuses et ces conspirateurs rêveurs, pionnier-e-s de la décroissance et utopistes adeptes du «sauvagisme», lancent ce soir-là un mouvement qui prendra le nom de Naturien. 124 ans avant les grèves du climat, ce mouvement avait-il tout compris? Entre futurisme idyllique et collapsologie millénariste, la conférence détaille, en mots et en images, la brève et truculente épopée des Naturien-ne-s, avant de ploger underground pour une exploration du réseau de racines qu’on appelle depuis une vingtaine d’années le «Wood Wide Web». Le mouvement naturien insistait en effet, il y a plus d’un siècle, sur l’importance de l’enchevêtrement des racines dans les forêts et sur le rôle central de cet écheveau dans le maintien des équilibres environnementaux. La science – mais aussi la littérature et la pop-culture – découvrent aujourd’hui que ce réseau est une véritable infrastructure biologique assurant la circulation de l’information entre les plantes connectées, utilisant des kilomètres de hyphes (les filaments microscopiques des champignons) pour tisser des mycorhize (du grec myco, «champignon» et rhiza, «racine») en formant une sorte d’«Internet des arbres». De la préhistoire de l’écologie aux jeux de miroir entre les technologies numériques et les systèmes naturels, la conférence invite ainsi, métaphoriquement et littéralement, à explorer l’environnement par les racines… Une conférence avec le duo de médiation culturelle numérique des Bibliothèques municipales PROCHAINE ET DERNIÈRE DATE: Mercredi 13 novembre à 18h30 à la bibliothèque de Saint-Jean (Avenue des Tilleuls 19, entrée rue Miléant)

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La Grange, un parc qui se mange

Les parcs genevois ont eu autrefois une vocation nourricière, qui se perpétue sous la forme de la cueillette sauvage… Parfois, ce parc se mange. C’était le cas lorsqu’il était un domaine appartenait aux familles Lullin, puis Favre, qui y faisaient planter, grosso modo, tout ce qu’elles mangeaient. C’est à nouveau le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque, sous le nom de code « plan Wahlen »*, la Confédération lance un programme d’autosuffisance alimentaire qui pousse à faire pousser des comestibles un peu partout. Ainsi, selon ce qu’écrit le Journal de Genève du 18-19 août 1940, « (…) a-t-on planté des tubercules au parc Bertrand, dans la partie supérieure du parc de la Grange et à Beaulieu. 40’000 kilos de pommes de terre ont déjà été récoltés, qui seront destinés aux oeuvres sociales et aux cuisines scolaires. On plante aussi des poireaux, en rangs serrés, puisqu’on a atteint hier le chiffre de 120’000. Voilà de bonnes soupes aux légumes en perspective! » Aujourd’hui, le parc la Grange se mange encore. C’est ce que raconte un collaborateur du Service des espaces verts (SEVE) dans le livre Genève dans ses parcs – Les nouveaux usages des espaces verts, paru en 2013: « Des gens viennent dans ces sous-bois pour l’ail des ours. Quand on les voit, on est quand même obligés de leur dire: Hé, ho, s’il vous plaît, ce n’est pas pour emporter… Sans compter le problème du colchique, qui lui ressemble beaucoup. Un petit bout dans un pesto, effet mortel garanti. » (*) « Bonus texte » pour en lire davantage – un article du Journal de Genève du 12.08.1943 (signé Jean Uhler), présentant « Ce que la Ville a réalisé dans le domaine du plan Wahlen »: « (…) grâce aux efforts de M. Bois, chef du Service des parcs et promenades, les cultures qui sont faites n’entraînent aucune mutilation des splendides propriétés, les arbres vénérables, les essences recherchées ne disparaissent pas. Le guerre finie, lorsque la vie économique aura repris son cours normal, de beaux gazons et des corbeilles de fleurs remplaceront les champs de pommes de terre, de carottes, de navets, de maïs, etc. C’était avec plaisir que, mercredi après-midi, nous avons répondu à l’aimable invitation de M. le conseiller administratif F. Cottier, qui nous conviait à visiter les cultures maraîchères de la ville. (…) Si Genève, dès 1939, a été la première des villes suisses à entreprendre des cultures maraîchères, elle est aujourd’hui celle dont les surfaces agricoles sont les plus étendues. Les cars qui devaient nous conduire d’un parc à l’autre, partis de la place de Cornavin, firent une première halte à la campagne Beaulieu. C’est là que sont concentrés tous les services qui dépendent de l’Office communal des cultures, rattachés au Service des parcs et promenades. Nous pûmes visiter l’installation de séchage des fruits et légumes (…) Dans le domaine social, la Ville pourra distribuer de très grandes quantités de fruits et légumes à des prix réduits (environ 50% du tarif officiel) aux personnes et familles dans la gêne, ainsi qu’aux cuisines scolaires, crèches, colonies de vacances, etc. Nous quittons Beaulieu et ses cèdres plantés en 1726 pour gagner la campagne Trembley. Les cultures sont splendides et déjà un grand champ récolté est retourné par une charrue actionnée par un gazogène. Nous voici à Châtelaine, sur un terrain qui, de la route cantonale, s’étend jusqu’à l’Usine à gaz. Ici le travail est un peu spécial. C’est là qu’au moyen de couches sont préparés les plantons, et c’est là aussi que l’on procède à des essais. Il y a quelques arbres fruitiers dont les produits sont de toute première qualité. II y a aussi des “meurons” et dame, par la chaleur d’hier, dignes descendants de nos pères de 1602, nous en avons quelque peu “picoré”. Puis, par le pont Butin, nous arrivons au coteau de St-Georges en longeant le cimetière. Nous avons pu constater que, partout où cela était possible, on a utilisé les places vides pour la culture maraîchère. Et nous voici au terrain du Bout-du-Monde, où l’ancien terrain des sports a fait place à des cultures variées et abondantes. Nouvel arrêt au parc Bertrand, où nous sommes attendus par MM. Casaï et Anken, conseillers d’Etat. Le grand champ qui, l’an dernier, avait produit des centaines de kilos de pommes de terre, avait été semé cette année de pavots afin d’augmenter notre production indigène d’huile. La récolte a été faite et l’on s’apprête déjà à semer du colza. (…). Pour terminer cette balade à travers nos promenades, nous voici à La Grange. Entre la route de Frontenex et la voie du chemin de fer. dans ce que l’on appelle le pré Favre, la Ville a fait cultiver des milliers de poireaux. Dans le parc, ce qui frappe nos yeux, et ne dépare nullement la propriété, c’est un immense champ de maïs. Une collation a suivi dans les coquets salons de La Grange, où des boissons fraîches furent fort appréciées. »

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Un blondinet qui se démène

En juillet 1967, Claude François joue au Théâtre de Verdure du parc La Grange. « Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il n’y a rien dans cette débauche d’énergie », écrit le Journal de Genève… « Pour le soussigné, Claude François revêtait l’attrait de l’inédit; certes on m’en avait beaucoup parlé. Jugé de visu le personnage n’est pas aussi catastrophique que l’affirmaient ses détracteurs prévenants; ni aussi enthousiasmant que le vantaient ses admirateurs trop indulgents. Un blondinet qui se démène comme un coureur de demi-fond, qui cherche à crier pour surpasser la coalition de ses cuivres et de sa percussion, et qui, pour les danses endiablées tient aisément le rythme que lui imposent ses quatre «Claudettes». Il y a de l’espace dans le parc La Grange; ces exercices athlétiques sur la corde vocale tendue à l’extrême ne dérangent pas les voisins; ils ravissent les proches. Personne n’a lieu de se plaindre. » Source: A. R., « Claude François et ses yé-yé », Journal de Genève, 13.07.1967 => Cliquez ici pour lire l’article en ligne sur le site www.letempsarchives.ch

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Faux meurtre au pied d’un conifère

Passablement prolifique et complètement oublié, l’auteur genevois de polars François Fosca empilait, en 1943, cinq cadavres entre Carouge et le village imaginaire de Dorbigny… Un après-midi de juin au milieu des années 1930, alors que “le soleil brillait et brûlait, mais de lourds nuages violacés faisaient prévoir un orage imminent”, un coup de feu retentit dans un bosquet du parc La Grange. Les dénommés Ernest Desboilluz et Alfred Susillard, deux retraités qui bavardent assis “sur leur banc favori, à l’ombre d’arbres épais, non loin de l’orangerie et des serres du parc” sursautent en entendant l’explosion, suivie de l’apparition d’une femme qui s’enfuit “vers le fond du parc”. Les deux hommes se lèvent et s’empressent de rejoindre le lieu de la détonation. “Lorsqu’ils arrivèrent tout près du bosquet, un épais massif de buis et de houx d’où se dressaient des conifères, ils entrevirent, à travers les feuillages, le corps d’un homme étendu sur le sol. Après un premier moment de stupeur, ils se frayèrent un chemin et se penchèrent. C’était un jeune homme d’une trentaine d’années, blond, vêtu d’un veston roux et d’un pantalon de flanelle grise. D’une affreuse blessure, qui lui défigurait !e visage, le sang coulait”. On tombe ainsi sur le deuxième cadavre d’une histoire qui en compte cinq, répartis entre Carouge, le parc La Grange et le village genevois de Dorbigny, localité imaginaire où se déroule le roman Du côté de chez Fyt, publié en 48 épisodes par le Journal de Genève en 1943. L’intrigue, qui se noue dans la verdure genevoise mais qui a des racines à Seattle, Shanghai, Londres et Amsterdam, inclut des meurtres et des suicides, une main coupée et des tabatières remplies de cocaïne, une idylle amoureuse et un tableau de Rembrandt où il manque une tête que quelqu’un a découpée. L’inspecteur Faget et le peintre Belpèras mènent l’enquête… L’auteur s’appelle Georges de Traz, mais il signe ses romans du pseudonyme “François Fosca” (ou “Peter Coram” lorsque son éditeur estime qu’il vaut mieux passer pour un Anglais). Né en 1881 et mort quasi centenaire en 1980, il publie plusieurs dizaines d’ouvrages d’histoire de l’art, une Histoire et technique du roman policier en 1937, ainsi qu’“une oeuvre romanesque qui est malheureusement complètement oubliée, puisque ses romans n’ont jamais été réédités et qu’ils ne sont jamais cités”, signale François Ouellet, professeur de littérature à l’Université du Québec à Chicoutimi et spécialiste des écrivain-e-s méconnu-e-s. À côté de sa parution en roman-feuilleton, Du côté de chez Fyt n’est publié en effet qu’une seule fois, en 1943 aux Éditions Utiles, maison genevoise spécialisée dans le policier. => On peut lire les 48 épisodes du roman sur le site www.letempsarchives.ch, qui met en ligne l’intégralité des archives du Journal de Genève, de la Gazette de Lausanne et du Nouveau Quotidien. Tapez « du côté de chez fyt » dans la case de recherche et choisissez l’option « Date (asc) » dans le menu déroulant « Trier par » en haut à droite. Ou alors cliquez ici=> Vous pouvez également emprunter le roman à la Bibliothèque de Genève (BGE).

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Les Bastions, c’est le jour et la nuit

Une plongée dans l’imaginaire romanesque et dans les sous-bois historiques du parc des Bastions… Je m’excuse de le dire comme ça, de but en blanc, mais les Bastions, dans les romans, ça sent le sexe. Dans la plupart des fictions qui mentionnent ce parc, qu’elles soient genevoises, américaines ou finlandaises le fait de le traverser fait quasiment office de préliminaires. Bon. Après cet effet d’annonce, après avoir tiré sur cette grosse ficelle, et avant d’en venir au curriculum érotique des Bastions dans la littérature mondiale nous commencerons toutefois par vous parler d’autre chose. Posons, vite fait, ce que l’on sait de source sûre. Bastions, ce sont d’abord des bastions, c’est-à-dire, dans un système de fortifications – et nous citons ici un dictionnaire quelconque – des «ouvrages faisant partie de l’enceinte défensive, faits d’un gros amas de terre soutenu de murailles». Il y en a deux rangées, l’une intérieure, bâtie à l’époque de la Réforme, c’est-à-dire au 16e siècle, au pied de la vieille ville, l’autre extérieure, bâtie au 17e siècle, vers le côté où se tapit aujourd’hui, depuis des temps immémoriaux, cet envahisseur redoutable, le Starbucks Café. Après, Bastions, c’est une promenade, appelée, justement, Promenade des Bastions, créée en 1727, avec une allée cavalière pour se promener en chevaux. Après, Bastions, c’est un théâtre, appelé, justement, Théâtre des Bastions, ouvert en 1782. Ça n’a l’air de rien, ouvrir un théâtre en 1782, mais c’est énorme, parce que depuis deux siècles et demi, c’est-à-dire depuis la Réforme, en 1536, le théâtre était strictement interdità Genève. Et là, pouf!interdit levé. Sauf que, manque de bol, comme on l’apprend dans le livreLa vie musicale au Grand théâtre de Genève entre 1879 et 1918 de Richard Cole, «Quand les autorités municipales autorisent la construction d’un théâtre dans le parc des Bastions en 1782, la majorité de la population locale n’y a pas accès, car la nouvelle salle est destinée en priorité aux actionnaires qui la financent, et aux troupes étrangères stationnées à Genève à l’époque.» Voilà. Les troupes, ce sont les soldats français, savoyards et bernois rameutés à l’instigation du roi de France Louis XVIe pour mater la révolution qui a eu lieu à Genève l’année d’avant. C’est ainsi que le 2 juillet 1782, l’aristocratie genevoise est remise au pouvoir par tous ces soldats, les révolutionnaires sont banni-e-s et un théâtre est construit à la demande des troupes françaises d’occupation qui, elles, n’ont pas l’interdiction divined’aller aux spectacles. Le théâtre est bâti près de l’entrée du parc, sur la gauche, là où l’on voit aujourd’hui, plus modestement, les tables de ping-pong et les jeux d’échecs. Après, Bastions, c’est un Jardin botanique, créé par le savant Augustin Pyramus de Candolle en 1817, avec une serre qu’on appelle une orangerie, et plus tard des daims dans un enclos.Et on ne le dit pas souvent, en fait on ne le dit presque jamais, mais tout botanique qu’il soit, ce jardin-là sert avant tout à manger, parce qu’on pense alors que la science végétale doit se mettre au service de l’agriculture, et surtout parce que Genève subit une disette en 1816 et 1817, c’est-à-dire pas tout à fait une famine mais presque: les gens n’ont pas assez à manger. Dans les Bastions botaniques d’Augustin Pyramus, ce sont donc des patates qui poussent. Après, la faim passée, on remplume le jardin d’une luxuriante végétation en 1871, on bâtit l’université en 1873,on installe des grilles et des portes monumentales en 1875,on ajoute des aigles en bronze en 1885. Après, on détruit l’orangerie pour poser le monument, le Mur, quoi,inauguré en 1917.Monument créé par un sculpteur français du nom de Paul Landowski, qui se fera remarquer une quinzaine d’années plus tard, en 1931, en créant le Christ géant de Rio de Janeiro.Monument, relevons-le aussi, que l’écrivain tessinois Andrea Fazioli décrit ainsi dans son polar La sparizione («La disparition »), publié en 2010: «Quatre grosses têtes en pierre, encrassées par les oiseaux et ignorées de tous.» Ajoutons encore qu’avant, bien avant, au dessous, bien en dessous, court une vaste nappe phréatique provenant de la région d’Etrembières. Avec tout ça, on peut dire, le décor est posé Mais dans ce décor, que s’y passe-t-il? Ça dépend des époques, évidemment, mais aussi des heures. Dans une brève étude intitulée«Le territoire, la territorialité et la nuit», parue dans la revue Actualités psychiatriquesen 1988, le géographe genevois Claude Raffestin écrit ce qui suit: «Dès la tombée de la nuit et pendant deux heures environ, seule subsiste la fonction de passage du parc, sauf pendant les longues soirées d’été. Malgré un système d’éclairage, de nombreuses zones demeurent dans l’obscurité et le déchiffrement du territoire devient difficile, voire impossible. Le système de limites vécu de jour comme une sécurité est vécu de nuit comme un danger, car il isole des rues avoisinantes. Telle zone avec des bosquets qui, de jour, apparaissait comme un refuge, apparaît de nuit comme une source de dangers potentiels. Les repères, e accent grave, deviennent des repaires, ai, c’est-à-dire des lieux où l’on peut se cacher, des lieux d’où peuvent bondir des agresseurs. En somme, la nuit inverse la lecture du territoire: la paix diurne devient le danger nocturne. Le regard devient un médiateur moins efficace que l’ouïe. Celle-ci se substitue à la vue dans une large mesure. Alors que le paysage sonore est à peine pris en compte de jour, il devient source d’information prépondérante la nuit. Les distances sont appréciées et estimées à partir des bruits. Les passages se font d’îles de lumière en île de lumière. A l’inverse, les îles d’ombre ne sont pas désertes et il s’y déroule une territorialité tout à fait spécifique: celle des homosexuels. Aux distributions aléatoires diurnes se substituent des distributions déterministes nocturnes: « passage » dans les zones de lumière et « relations homosexuelles » dans les zones d’ombre.» Fin de citation. Le parc des Bastions et le parc des Bastions, pourrait-on dire, c’est le jour et la nuit.Même si, depuis lors, cette fonction socio-sexuelle du parc nocturne s’est déplacée vers d’autres espaces verts qu’évoque par exemple un quinquagénaire […]

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Eaux-Vives – Un luna-park oublié sous un parc

Une plongée dans l’imaginaire romanesque et dans les sous-bois historiques (et préhistoriques) du parc des Eaux-Vives… Au commencement, il y a une courbe.Une courbe que les spécialistes appellent la courbe de 425 mètres.425 mètres, c’est 50 mètres de plus que l’altitude du lac Léman, qui est de 372 mètres au-dessus du niveau de la mer. Au-dessus de cette courbe s’étend,avec ses plaines et ses collines, ce qu’on appelle le plateau genevoisAu-dessous de cette courbe s’étend ce que les géographes appellent un système de terrasses. Ce sont des terrasses alluvionnaires,c’est-à-dire créées par l’entassement des matières disparates transportées par l’eau et laissées là, au bord du chemin. Les terrasses bordent le lac et les cours d’eau.Il y en a trois.Les plus élevées sont formées de matériaux que les spécialistes appellent «matériaux grossiers»(ce n’est pas un jugement de leur part, juste un constat)ou encore «cailloutis». Au-dessous de la limite des cailloutis,entre les 372 mètres du lac et la courbe de 425 mètres,on trouve, parmi les trois terrasses,une terrasse dite «de 10 mètres» ou «terrasse moyenne»,qui grouille,lorsqu’on la fouille avec les outils appropriés,d’une faune lacustre fossile:des poissons minéralisés datant du Magdalénien(entre 17’000 et 12’000 ans avant notre ère), laissés là, au bord du chemin, encore une fois, par le glacier du coin qui se retirait. Tout cela pour vous dire que cette faune lacustre a été retrouvée au parc des Eaux-Vives,qui n’est donc pas né d’hier. C’est un parc qui en a vu d’autres. Au commencement, il y a une courbe, une courbe et un seuil, un seuil dit «molassique»,c’est-à-dire marqué dans la molasse,dans la roche sédimentaire,formée de sédiments,c’est-à-dire de chenil, si on peut se permettre,qui s’amasseet qui s’encroute. Le seuil molassique dont on vous parleest immergé.C’est un haut-fond,que les géographes appellent «banc de Travers».Le banc de Traversmarque le passage du lac au Rhône,traversant la Rade de Genève de part en part, entre Sécheron et le parc des Eaux-Vives. Récapitulons:au commencement de la vie connue,documentée, du parc des Eaux-Vives, il y a une courbe, une terrasse fréquentée par des poissons fossiles, et un banc de Travers immergé. C’est ce que nous avons trouvé en quelques heures de navigation numérique dans les histoires du parc des Eaux-Vives. Ensuite, le temps passe,pas aussi vite qu’aujourd’hui,mais il passe quand même.Tout à coup, on se réveille un matin, et c’est l’âge du bronze, qui va durer, grosso modo, de l’an –3’000 à l’an –1’000. Ce passé-là a laissé des restes dans le parc des Eaux-Vives,pour le plus grand bonheur des archéologuesqui trouveront, en creusant bien, les ruines d’une fonderie,des bijoux, des pots cassés,des entassement d’os d’animaux indiquant l’emplacement des abattoirs de l’époqueet des filets de pêche. Ensuite,après l’époque du banc de Travers,et après l’époque des pots cassés de l’âge du bronze,il y a à nouveau un grand trou. Le parc des Eaux-Vives refait surface, re-laisse des traces,redonne des signes de vie dans les eaux numériques où nous partons à la pêche de ces infos, à partir du 16e siècle, lorsqu’une famille appelé Plongeon en fait son domaine. Les Plongeons ne durent pas:la famille s’éteint, comme cela arrive parfois, deux siècles plus tard, mais son nom reste accroché aux lieux.Aujourd’hui encore, le chemin de Plonjon, avec un J, longe le parcsur son côté nord-est. Le domaine passe ensuite de main en main, appartenant – vous excuserez le name dropping –à des Tournos,Tremblay, Bouer, Horneca, Archer, Senn, Grévedon-Bousquet, Favre, puis, en 1897, à la Société de l’industrie des hôtels, présidée par le dénommé Henri Galopin, qui rebaptise officiellement le domaine Plongeon «parc des Eaux-Vives» et qui transforme le domaine en un lieu public où – nous citons – «les étrangers et la population genevoise pourront trouver en plein air et au milieu d’une splendide naturede saines distractions». M. Galopin insiste là-dessus en s’adressant à la presse: «ce parc – dit-il – sera un lieu de délassement d’où seront exclues toutes attractions qui ne seraient pas saines». Ce qui soulève tout naturellement cette question:Qu’est-ce qu’une «distraction saine» dans la Genève de 1897? Le Journal de Genève apporte quelques précisions le 13 mai de cette année-là. La liste des propositions à la fois distrayantes et sainescomprend un étang de patinageune piste vélocipédiqueun jardin alpin rempli de rhododendrons, sans oublier que –nous citons – «au milieu des rocailles prend naissance un ruisseau à l’eau claire et limpide, ruisseau que l’on traverse sur des ponts rustiques et qui s’écoule en de capricieux lacets traversant des bosquets ombreux pour aller former un petit étang où les amateurs pourront se livrer aux plaisirs de la pêche à la truite». Avec tout ça, assure le journal, on obtiendra – nous citons à nouveau – «un lieu de distraction et d’agrément qui montrera qu’à Genève on ne s’ennuie pas, comme certains l’ont prétendu». Mouais. Quoi qu’il en soit,le temps passe, et au fil de ce temps, l’éventail des «saines distraction» s’élargit, incluant des choses qui, aujourd’hui, ne peuvent que nous interpeller. Par exemple L’Afrique Mystérieuse, en 1911. L’Afrique Mystérieuse, c’est «une troupe d’une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants, qui constitueront un village africain», écrit la presse. C’est – nous citons encore – «un village sénégalais avec sa mosquée, son école, ses principales industries, ses moeurs, cent indigènes». Tout ce monde est offert au regard du public genevois, dans un dispositif assez courant à cette époque, un dispositif que les historiennes et les historiens appellent aujourd’hui un «zoo humain». Ces «zoos humains», écrit la presse, contribuent à ce que «la plupart des attractions du Luna-Park relèvent du domaine scientifique et ce ne sera pas un champ de foire». Au fil de ces mois de mai et juin 1911, premiers mois d’ouverture du luna-park,la presse suit cette Afrique Mystérieuse de près. «Succès pour le village nègre, qui vient de procéder à un pittoresque baptême», écrit le Journal de Genève le 4 juin, commentant ce spectacle sain, scientifique et colonial montré dans un pays qui pourtant n’a pas de colonies. On pourrait continuer comme ça pendant des heures à barboter dans les compte-rendus des activités étranges, du moins à nos […]

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