Close

vécu (ou rêvé)

Parc des Cropettes, années 2010 – «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel» Récit d’une jeune anonyme interviewée par Jeffrey le 11 juillet 2018 au parc Bertrand, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était il y a à peu près six-sept ans, j’étais encore assez jeune et je n’étais pas complètement nette, je l’avoue. Et on était avec une amie posées sur un banc dans le parc des Cropettes à côté de la mare aux canards. Donc on était tranquillement posées, on parlait, on discutait de la vie, et d’un coup je lève ma tête et là, il y a un flash, vraiment très près, un immense flash, avec une lumière qui passe tout près de nous mais dans le ciel, et une sorte d’éclair comme s’il y avait un trait qui passait dans le ciel. D’abord ma première réflexion, c’est de taper sur l’épaule de mon amie pour lui montrer et… Je n’ai jamais vraiment cru aux extraterrestres et tout, mais là j’étais convaincue d’avoir vu un OVNI, mais genre vraiment. Et malheureusement mon amie n’a pas pu voir ce que j’ai vu, mais même maintenant, je suis convaincue d’avoir vu un OVNI, voilà. Sinon, mes souvenirs dans les parcs, ce sont tous mes anniversaires. Je pense qu’en étant genevois, on vient tous passer nos anniversaires, nos soirées d’été, les soirées de galère en hiver dans des parcs, on s’amuse toujours dans des parcs genevois, voilà. Je pense que j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans des parcs, et même au jour d’aujourd’hui, c’est toujours une valeur sûre pour traîner et passer un bon before*.» * La partie de la soirée qui précède la phase proprement festive (ndlr)

En savoir plus

Parc la Grange – Un lieu de rencontres secrètes

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc La Grange… Aussi longtemps qu’on s’en souvienne, ce parc a été un parc. Un lieu de culte et de culture, dans tous les sens du terme, un lieu où on fait pousser des choses. Les Allobroges, qui étaient les Celtes du coin, faisaient pousser des mégalithes, c’est-à-dire des menhirs. Les Romains du coin, qui étaient en fait des Allobroges devenus romains, faisaient pousser des restes romains, qui avant d’être des restes étaient une villa romaine un peu clinquante, un peu tapageuse, un signe extérieur de richesse. Jésus en 1444 fait pousser des poissons dans le célèbre tableau «La pêche miraculeuse», du peintre Konrad Witz, qui transpose le miracle biblique quelque part au large du parc La Grange. (On peut voir ce tableau au Musée d’art et d’histoire, c’est la plus ancienne image de ce lieu et c’est la plus ancienne représentation réaliste d’un paysage dans l’histoire de la peinture européenne.) On continue. Un certain nombre de membres de la famille Lullin font pousser un jardin et une villa. Un certain Favre fait pousser une bibliothèque, qu’il remplit de 15’000 livres, à côté de la villa. Un autre Favre fait pousser un alpineum, c’est-à-dire un paysage alpin en toc, mais très bien imité, prenant pour modèle un marécage situé à Faverges, sur le Salève. La Ville de Genève prend possession des lieux en 1918, légués par un petit dernier Favre. Elle fait pousser au cours du siècle qui s’ensuit des roses, des tortues, des saules pleureurs, des canards, un théâtre, des concerts, une bibliothèque ambulante. Ce parc est un parc, donc. Mais encore? Quel est ce lieu, quelle est la nature de cet endroit? Pour répondre, comme nous sommes ici dans une bibliothèque, nous avons parcouru des textes. Le premier dit à peu près ça (On dit «à peu près» parce qu’on l’a fait traduire de l’allemand par Google Translate, le retouchant juste un peu.) «Il franchit une haute porte en fer forgé pour entrer dans le parc, encore désert à cette heure matinale. En un gigantesque octogone, découpé en secteurs comme les tranches d’une tarte, poussaient des milliers de roses. Au-delà, Philip aperçut la bâtisse blanche. Appuyé contre la rambarde se tenait Donald Ratoff, gros et court sur pattes, à côté d’un homme grand et mince. Ratoff agita la main. Philip fit un signe en retour. Qui était le deuxième homme? Ratoff ne l’avait pas mentionné. À travers le lit de roses, Philip s’approcha de la maison. «Salut», dit Ratoff, alors que Philip s’avançait vers les deux hommes. Il tendit une main molle et moite, qui se logea dans celle de Philip sans exercer la moindre pression. «Heureux que tu sois venu si vite.» Il présenta le deuxième homme, qui était vêtu d’un costume beige d’été. «M. Günter Parker, commissaire principal, chef de la Commission spéciale 12 juillet.» «Ravi de faire votre connaissance», déclara Parker. Sa poignée de main était ferme. Il avait un visage mince et bronzé, des cheveux blonds coupés court, des sourcils blonds et touffus et des yeux brillants. Commissaire principal – pensa Philip – et pourtant si jeune. Il paraissait étrangement sérieux et triste. Philip se sentit soudain très vieux. Le gros Ratoff, qui affichait une bouche tordue et un crâne sur lequel on ne trouvait pas un cheveu, dit: «Vous savez ce qui s’est passé à Berlin.» «À Berlin?» «Hier après-midi à Spandau. Aux United Remedies. C’est alors que…» «Oh, bien sûr!» Soudain, Philip se souvint de ce qu’il avait vu et entendu sur la chaîne ZDF, juste avant que Simone ne vienne à son appartement. «Un nuage de chlore gazeux s’est échappé d’une chaudière industrielle. Beaucoup de morts. Des centaines d’empoisonnés. Des émissions spéciales à la télé… C’est pour ça que vous…» «Oui, Monsieur Sorel», répondit Parker, qui tenait dans ses main une valise diplomatique. «C’est pour cette raison que nous sommes ici. Quatorze autres personnes sont mortes depuis que vous avez vu le rapport.» «Horrible», déclara Ratoff en baissant le regard vers ses chaussures sur mesure Ferragamo. Les chaussures étaient d’un gris argenté, comme son costume, qu’il avait assorti d’une chemise bleue et d’une cravate à rayures argent et bleues. «Absolument horrible. Souvenez-vous, c’est nous qui avons construit le centre de données.» «Pourquoi?» demanda Philip. «L’accident est-il dû à une erreur du centre de données?» «Nous ne le savons pas», répondit Parker. «L’enquête n’est en cours que depuis hier. Une chose est certaine. Ce n’était pas un accident, c’était une attaque terroriste.» «Terrible, Philip, tout à fait horrible», intervint Ratoff. «Le commissaire principal a ordonné un blackout de l’information. C’est pour cette raison que je t’ai appelé depuis le parc. Ici, nous pouvons parler sans que personne ne nous entende.» «Comment êtes-vous arrivé à Genève si tôt, M. Parker? Je veux dire, avec quel avion?» «Un vol spécial», dit vivement Ratoff. «Nous avons atterri il y a une heure.» «Marchons un peu», dit Parker. Dans l’octogone de roses, l’odeur devenait presque assourdissante. Il n’y avait toujours personne en vue et les oiseaux chantaient encore dans les cimes des arbres. Philip regarda, au-delà du parc, le lac luisant sous le soleil. En 1999, l’auteur autrichien de best-sellers Johannes Mario Simmel (35 romans, 73 millions d’exemplaires, 33 langues), fait donc pousser avec son roman Liebe ist die letzte Brücke («L’amour est le dernier pont») une intrigue internationale dans le parc La Grange: un lieu où, si l’on en croit l’écrivain, on parvient à se cacher des yeux du monde. Un lieu de rencontres secrètes et de séparation, comme les cavernes minérales ou végétales des rituels d’initiation des sociétés tribales – un lieu où l’on passe un certain temps à l’écart, avant de retourner prendre sa place en société, mais transformé-e. C’est ce qui se passe dans le deuxième texte que nous avons parcouru pour tenter de comprendre la nature de ce lieu – un roman dont la narratrice, Johanne, parcourt trois fois un parc genevois doté de colonnes, en ne sachant pas, puis en espérant, puis en sachant […]

En savoir plus

Parc de l’Ariana – Indiana Jones et les nazis du Léman

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc du parc de l’Ariana… Le texte que je tiens entre les mains est une tentative de comprendre où je suis. Qu’est-ce que c’est que ce lieu improbable, incrusté dans le quartier des organisations internationales, dominant une pente verte qui roule jusqu’au lac? Quelle est sa place dans le vécu et dans l’imaginaire de cette ville? Dans quel but y a-t-on planté ce palais hyperbolique? Quel genre de personne vient y traîner? Vous excuserez qu’on convoque une référence un peu convenue, mais il faut le dire: bien que le nom de ce parc renvoie à une dénommée Ariana, il s’avère ardu de détecter les traces de cette Ariana-là. Cette Ariana s’appelait en fait Ariane, Ariane de la Rive. D’ailleurs ce parc allait justement jusqu’à la rive, où il y avait un port qu’on appelait «port de l’Ariana» avec un restaurant sur pilotis. S’appuyant sur la documentation iconographique de l’époque, c’est-à-dire sur des vieilles cartes postales, le journaliste Jean-Claude Ferrier de la Tribune de Genève écrira, bien plus tard, que cet établissement ressemblait – on le cite – à une pagode chinoise ou à un gâteau de mariage bavarois. Le journaliste note aussi que le restaurant du port de l’Ariana est démoli en 1911 parce que son architecture déplaisait semble-t-il très fortement au public genevois. Il s’avère ardu, disais-je, de trouver le fil d’Ariane qui, de la rive, conduit au lieu où nous nous trouvons aujourd’hui. Mais comme nous sommes ici dans une appendice, une excroissance mouvante et connectée d’un réseau de bibliothèques, nous avons malgré tout cherché ce fil en feuilletant des livres. Et comme nous sommes vendredi, journée consacrée en ce lieu à explorer des choses réelles et imaginaires par des voies numériques, nous avons aussi cherché ce fil sur le réseau. Commençons par ce par quoi il est facile de commencer. Avant d’être un parc, ce parc est une campagne appelée Varembé, partagée en plusieurs domaines, dont l’un appartient à un certain Revilliod. Revilliod se marie avec Ariane. Ariane et Philippe-Léonard – c’est le prénom du type – ont un enfant, Gustave, qui voyage, collectionne, hérite, agrandit le domaine, construit ce palais, meurt célibataire et sans enfants, léguant ses biens à la Ville en 1890. Arrêtons-nous un instant sur cet ensemble de circonstances. Vous êtes Gustave, vous possédez un hôtel particulier au 12, rue de l’Hôtel-de-Ville, que vous remplissez d’objets ramenés de partout, que des gens viennent admirer de partout, jusqu’au moment où vous vous trouvez à l’étroit: il faut plus de place pour cette collection, pour cette admiration. Vous décidez donc de construire un lieu monumental et majestueux pour abriter et montrer les 30’000 pièces amassées çà et là. Pour mettre en route ce projet vous embarquez dans une escapade un jeune homme, qui a fait des études d’architecture, vous l’embarquez pour qu’il s’imprègne du style des palazzi somptueux qu’on bâtissait en 1500, en 1600 ou en 1700 en Italie. Vous revenez tous les deux avec plein d’idées, vous les mélangez toutes et vous construisez votre musée privée. C’est ça, la vie à la Gustave. Et vous baptisez votre palais en hommage à votre mère qui entre-temps est défunte, vous laissant un héritage qui, justement, vous a permis de dépenser comme ça sans compter. Vous donnez donc au palais le nomme d’Ariane, un petit peu modifié: Ariana. Or donc, au sujet d’Ariane, il est malheureux de constater que l’intégralité du Web ne dit presque rien si ce n’est que le peintre Firmin Massot lui fit à dix-huit ans un portrait et qu’elle fut ensuite l’épouse de Philippe-Léonard, puis la mère de Gustave, et que Gustave écrivit dans son testament «Ma mère m’a inspiré dès mes plus jeunes ans, et a nourri plus tard en moi les goûts qui ont fait le bonheur de ma vie» – et c’est à peu près tout. On peut ainsi dire que l’Ariana célèbre Ariane en la faisant disparaître. On part donc tirer les fils qu’on peut dans le catalogue des bibliothèques et dans d’autres bases de données, et on trouve non pas un fil, mais un petit écheveau passablement échevelé ayant pour fil rouge un je-se-sais-quoi d’impénétrable et sibyllin. Si on tire un premier fil de cette pelote d’Ariane en tapant «parc» et «Ariana» dans Google Books on tombe sur Monsieur Thorpe, étrange nouvelle d’Emmanuel Bove, étrange auteur français, de mère luxembourgeoise et de père russe, qui fit un bout de scolarité à Genève au début des années 1910 sous l’identité d’Emmanuel Bobovnikoff qui était en fait son vrai nom. Dans la nouvelle, publiée en 1930, on ne sait pas trop ce qui se passe, si ce n’est peut-être le mystère souvent perturbant que les adultes représentent pour les enfants. «Avant que mes parents eussent quitté Genève, nous habitions dans une maison neuve de la rue de l’École de Médecine, au sixième étage. (…) Ce fut dans cet appartement que je vis pour la première fois M. Thorpe. Mon père l’avait amené à déjeuner, mais ainsi qu’il faisait toujours, sans prévenir ma mère. Je n’avais absolument prêté aucune attention à ce convive, et sans les relations qui suivirent, je crois qu’il eût disparu à tout jamais de ma mémoire. Car, à table, j’étais toujours absent. Je n’avais qu’une pensée, finir rapidement le repas afin de m’éclipser. C’était un supplice pour moi d’attendre que mes parents eussent achevé. Aussi, quand nous avions un hôte et que le repas se prolongeait, je sentais sourdre en moi une grande colère à l’endroit de l’invité qui, sans s’en douter, m’obligeait à rester à table. Finalement, lorsque je pouvais me lever, j’éprouvais un tel soulagement que j’oubliais presque aussitôt celui qui était cause de la lenteur du repas. J’avais donc complètement oublié M. Thorpe lorsqu’au printemps de l’année 1910 ou 11, je l’aperçus au parc de l’Ariana. Il était assis face au lac et regardait au loin le Mont-Blanc, semblable, vu de cet endroit, au chapeau de Napoléon, ainsi que le disent les petites brochures de propagande. Je ne l’avais […]

En savoir plus

Parc La Perle du Lac – Brochettes d’espion-ne-s

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc de la Perle du Lac… Si je me pose devant le clavier de mon ordinateur, si j’ouvre un navigateur, si je tape l’adresse de Google Books, (car je me suis donné pour mission de révéler l’imaginaire romanesque des parcs à travers des explorations numériques), si j’écris ensuite «Perle du Lac» dans la case de recherche, si j’appuie enfin sur la touche «Retour» pour voir les résultats, si je fais donc tout ça, eh bien, je suis perdu-e. Car me voici à Bellagio, la perle du lac de Côme, en Italie, pullulante de célébrités. Me voici au château de Chillon, la perle du lac Léman (même si à vrai dire, l’expression «perle du lac Léman» a également été utilisée pour désigner les localités de Evian, Lausanne, Montreux, Vevey, Yvoire, en ordre alphabétique). Me voici à Gisenyi, la perle du lac Kivu, station balnéaire au Rwanda, dotée d’une plage de sable fin. Me voici à Sirmione, la perle du lac de Garde, village posé au bout d’une presqu’île en Italie. Me voici à Brunnen, la perle du lac des Quatre-Cantons, dans le canton de Schwyz. Me voici à Ascona, la perle du lac Majeur, dans le canton du Tessin. Me voici à Stresa, la perle du lac Majeur aussi, mais en Italie. Me voici au parc La Perle du Lac, ainsi appelé, paraît-il, parce qu’une femme s’y extasia en découvrant ces lieux en mille neuf cent et quelques, et en s’exclamant: «Ceci est la perle du lac!» (ou «Ceci est vraiment la perle du lac!», ou «This is really the pearl of the lake!» selon d’autres versions). Il faut ouvrir à ce propos une parenthèse. Si l’on confie à Google l’exclamation de cette dame, on tombe sur une petite quarantaine de résultats qui identifient tous cette femme comme «épouse de…» Tous sauf un, un site de gens qui courent, appelé marathonien67.skyrock.com, seul parmi les 40 à s’intéresser au nom de la femme, ou du moins à son prénom: Florence. En cherchant un peu plus loin, on trouve son nom complet: Florence Frances May Crotty, secrétaire britannique, épouse, en 1911, à 29 ans, de Hans Wilsdorf, mystérieux horloger suisse, fondateur de l’entreprise Rolex. Merci à elle, donc, pour ce nom. Bref. Toutes ces perles de tous ces lacs. Y a-t-il un point commun? Y a-t-il un complot, une intrigue, une conspiration? En fait, Il y en a plein. Pas tellement à Bellagio, Chillon, Gisenyi, Sirmione, Brunnen, Ascona, Stresa, mais à Genève, au parc de la Perle du Lac, anciennement propriété du dénommé François Bartholoni, entrepreneur français dans les chemins de fer, inventeur, si l’on peut dire, de la gare Cornavin. Ce qu’on trouve donc en tapant «Perle du Lac» dans Google Books pour voir quelles traces ce parc a laissées dans des romans, ce sont des complots. Exemple n. 1. En 2009, l’auteur britannique James Twining publie The Geneva Deception, traduit en français sous le titre «L’Affaire Caravage», roman dont les ingrédients sont – une série de meurtres horripilants inspirés des tableaux du peintre italien Le Caravage, – un voleur d’art reconverti en traqueur d’art volé pour le FBI, – un pacte ancien, scellé dans le sang, – des sociétés secrètes, – le Vatican, – la Mafia, – et Genève, ses Ports-Francs, entrepôts hors douane d’où surgissent parfois 10’000 pièces archéologiques provenant de fouilles clandestines, et sa Perle du Lac où Verity Bruce, acheteuse d’art pour un musée de Los Angeles, rencontre un marchand forcément louche appelé Earl Faulks pour négocier l’acquisition d’un artefact légendaire, un masque grec en ivoire du dieu Apollon. «Restaurant La Perle du lac, Genève 20 mars – 12 h 30 Faulks s’appuya sur son parapluie pour accueillir Verity, que le maître d’hôtel guidait vers sa table, en terrasse. Elle portait une robe noire, une veste en denim, ainsi qu’un sac Hermès Birkin du même rouge que ses chaussures. La moitié de son visage était masqué par une paire de lunettes de soleil Chanel, et elle arborait un lourd collier de pierres semi-précieuses. — Earl chéri. Elle lui souffla un baiser. — Désolée, je suis en retard. Les contrôleurs aériens espagnols étaient encore en grève. Quelle surprise ! Je viens juste d’arriver. — Je t’en prie, dit-il en s’avançant pour lui présenter galamment sa chaise avant de lui tendre sa serviette avec emphase. Le maître d’hôtel, désappointé d’être ainsi supplanté en public, se retira dans un silence amer. — Que fêtons-nous ? demanda-t-elle avec excitation, au moment où le serveur s’avançait pour leur servir un verre de Pol Roger, cuvée Sir Winston Churchill, que Faulks avait commandée avant son arrivée. — Je prends toujours du champagne au déjeuner, susurra-t-il. Pas toi ? — Oh, Earl, tu es infernal. Elle but une gorgée du breuvage pétillant. — Tu sais que c’est mon préféré. Tout simplement exquis, comme la vue de ce restaurant, ajouta-t-elle en faisant un geste en direction du lac, dont la surface scintillait comme un diamant sous la caresse du soleil. — Tu as dû vendre ton âme pour obtenir une journée aussi parfaite. — Tu n’as pas tout à fait tort, répondit-il en lui adressant un clin d’oeil. Un sourire malicieux sur les lèvres, elle se tourna vers lui, puis puis repoussa ses lunettes sur le haut de son crâne et protégea ses yeux de la lumière d’une main. — Serais-tu en train d’essayer de m’amadouer ? — Je n’oserais pas, minauda-t-il. Le serveur apparut à leur table. — Le pigeon rôti est délicieux, déclara Faulks. Après avoir pris la commande, le serveur s’éclipsa. Il y eut un moment d’accalmie. Verity fit tinter ses ongles longs et finement vernis contre son verre, en écho au bruit des couverts des tables voisines. Puis elle darda sur lui un regard brûlant. — Alors, tu l’as ? demanda-t-elle avec un détachement feint. Voilà. C’était la question qu’il attendait. Faulks était impressionné. Elle avait mis trois minutes de plus qu’il ne le pensait pour l’interroger. Apparemment, elle voulait paraître décontractée. — Je l’ai. Il est arrivé hier. […]

En savoir plus

Parc La Grange – «Tout d’un coup, comme ça, il y a eu un immense déluge»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Tout d’un coup, comme ça, il y a eu un immense déluge» Récit d’une anonyme interviewée par Mélanie le 21 août 2018 au parc de l’Ariana, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était au parc La Grange, devant la scène Ella Fitzgerald. J’allais souvent avec mes parents pique-niquer et écouter le concert en même temps. Une fois j’étais avec ma famille, ma cousine et mon oncle et tout d’un coup, comme ça, il y a eu un immense déluge. On s’est retrouvés bloqués au milieu du parc sous la pluie, on était en shorts, heureusement on avait la couverture de pique-nique qui était plastifiée. Du coup on s’est réfugiés vers les poubelles, en mettant la nappe sur les poubelles pour faire un abri, on était genre six sous la nappe, en criant et tout, parce que c’était le déluge.»

En savoir plus

Parc La Grange, années 2010 – «Une sorte de passage secret dans les buissons là-bas»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Une sorte de passage secret dans les buissons là-bas» Récit d’une très jeune anonyme interviewée par Mélanie le 21 août 2018 au parc La Grange, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «Dans le parc La Grange je suis allée dans une sorte de passage secret dans les buissons là-bas et je suis allée à peu près jusqu’au bout. La première fois je suis allée toute seule et là, je vois un homme bizarre, je voyais juste ses yeux qui brillaient, qui me regardaient… Je suis partie en courant. La deuxième fois j’y vais avec ma mère, on voit le même homme, je pars en courant. La troisième fois je vais avec un copain, on voit le même homme, et on est partis les deux en courant. L’homme ne nous a rien fait, il a juste eu un regard qui m’a fait, comment dire, peur. En fait il était bizarre, il avait une couette avec un élastique rose.»

En savoir plus

Parc Bertrand – Clichés, potences et toboggans

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc Bertrand… Je vais peut-être rester prudent-e. Prudent-e avant de formuler un jugement hâtif que je pourrais regretter, mais à première vue, contrairement aux deux parcs que nous avons déjà traversés avec notre remorque, le parc La Grange et celui de l’Ariana, ce parc-ci, Bertrand, est facile à comprendre, facile à expliquer. Pas de grand mystère, pas de Celtes Allobroges qui plantaient des menhirs, pas de mystiques nazis qui contemplaient les lieux avec les yeux en coeur parce que soi-disant dans «Ariana» il y a «aryen». Rien de tout cela, rien qu’un Alfred, pour commencer. Car il faut savoir que Bertrand était en fait le nom d’Alfred, Alfred Bertrand, dont nous allons commencer par lire la notice Wikipédia, après nous être rapidement dépêtré-e-s d’une homonymie, Alfred Bertrand (1913-1986), homme politique belge – pas lui, Alfred Bertrand (né en 1919), joueur de football belge – pas lui non plus, Alfred Bertrand (1856-1924), géographe et photographe suisse – bingo. «Protestant convaincu, sportif, Bertrand réalise de très nombreux voyages à travers le monde (Himalaya, Cachemire, Malaisie, Chine, etc.), d’où il ramène une importante collection de photographies de monuments, paysages, ou ethnographiques.» C’est ce que dit Wikipédia, sans dire toutefois en vertu de quelle fortune ce monsieur avait un parc. Le site Web de l’Etat de Genève appuie avec fougue, si l’on peut dire, sur le clou religieux: «Alfred Bertrand eut dès sa jeunesse la passion des voyages et participa à plusieurs expéditions au Cachemire, à l’Himalaya et surtout au Zambèze où il s’enthousiasma pour l’œuvre des missionnaires protestants qu’il aida ensuite de toutes ses forces.» Si l’on googlise Alfred encore pendant quelques instants, on tombe vite sur un article daté 31 mai 2013 où la journaliste Caroline Stevan, spécialiste de la photo au journal Le Temps règle son compte au grand homme en deux lignes de chapeau. «Fortuné, Alfred Bertrand s’est rêvé en explorateur du globe. Convaincu de la supériorité des blancs et de la religion protestante, il est représentatif d’un racisme ordinaire à son époque.» Le parc Bertrand exposait alors, en 2013, les photos de Bertrand dans une exposition en plein air appelée «Clichés exotiques, le tour du monde en photographie». Reprenons l’article. «Le propos? «Raconter comment l’Europe de la fin du XIXe siècle considérait le reste de la planète, note Lionel Gauthier, du Département de géographie de l’Université de Genève, l’un des commissaires. C’est un moment clé de notre rapport à l’autre et à l’ailleurs. Ces premières images, perçues comme la réalité, sont devenues nos références visuelles, cristallisant nombre de clichés qui perdurent aujourd’hui encore.» Entre les arbres du parc, ainsi, se dessine un monde peuplé de femmes voilées ou dénudées, d’hommes hirsutes, de sauvages bons ou mauvais qu’il faudrait civiliser. Ces photographies servent, consciemment ou non, des desseins assez peu reluisants. Les bienfaits, ou la nécessité, de la colonisation comme de l’évangélisation, sont mis en avant par des portraits d’indigènes débraillés et de convertis élégants, par des images d’infrastructures occidentales en pleine brousse. La barbarie de l’étranger est mise en scène: Chinoises aux petits pieds, épisodes prétendument cannibales. La supériorité de l’Europe est invariablement citée. Des typologies d’êtres humains rappellent que l’existence de races inégales est alors bien ancrée dans les consciences. Très souvent, les clichés résultent de mises en scène. Les protagonistes sont photographiés en studio, avec accessoires et décors peints. Des parties de chasse, de repas familiaux ou de justice expéditive sont reconstituées. Dans un autre genre, beaucoup de femmes sont représentées nues; parfois des prostituées payées pour cela. «Sous prétexte anthropologique, on réalisait des images érotiques. La petite tenue des modèles était justifiée par le climat du pays, leurs mœurs légères ou la nécessité de les mettre nues pour des mesures scientifiques.» C’était donc cela, la vie à la Bertrand. Mais à part ces idées et ces clichés que Bertrand propagea, «pour le reste, on ne sait pas grand-chose; les archives personnelles ont disparu». On sait malgré tout qu’Alfred décède en 1924 laissant une veuve que les sites Web des institutions genevoises appellent encore «Madame Alfred» suivant l’épouvantable convenance de son époque à lui, à Bertrand, mais qui en fait avait bien un prénom, Alice, un nom, Noerbel, et une profession, dirigeante de l’Union chrétienne de jeunes filles, qui était l’équivalent français et féminin de ce qu’on appelle dans le monde anglophone YMCA. Et on a le droit d’être ravi-e-s en constatant, Wikipédia à l’appui, qu’Alice a une notice, comme Alfred, mais trois ou quatre fois plus longue que lui. Bref: Alice lègue le parc à la Ville en deux étapes, 1933 et 1940, avec la maison de maître qui deviendra l’école que l’on connaît. Bon. Elargissons le champ, explorons un peu à la Bertrand, prenons des clichés de la vie indigène. Autour d’Alfred, voici Champel, un quartier qui n’est pas n’importe lequel. En quelques clics sur le réseau, on atteint le mémoire de master d’une étudiante en développement territorial, Oriane Montfort, intitulé L’expérience sensible et quotidienne du parc urbain. Quatre parcs genevois parcourus, vécus, écoutés, photographiés, racontés et comparés: Bertrand, Beaulieu, Délices et Gourgas. Oriane commence par présenter en quelques phrases le quartier de Champel: «Proche de l’hypercentre, il est principalement composé de grands immeubles aux appartements luxueux et de villas. Ce dernier, malgré la construction de nombreux HLM depuis les années 60, est caractérisé par une population résidentielle plutôt aisée. Autrefois quartier maudit où l’on exécutait les condamnés à mort, il accueille les villas de riches familles dès la fin du XVIIIe siècle. Il s’agit d’un quartier plutôt calme, avec relativement peu de commerces et de bistrots, qui aujourd’hui est en pleine mutation, en raison de l’arrivée prochaine de la gare du CEVA. Cette nouvelle ligne de transport public sera desservie par la halte «Champel-Hôpital», l’un des cinq nouveaux arrêts, qui se situera sous le plateau.» Minute. On s’arrête un instant pour se rassurer sur cette affaire de quartier maudit. Avant de venir vers vous avec ce texte, la question épineuse des condamné-e-s à mort exécuté-e-s à Champel a […]

En savoir plus

Un parc genevois, années 2010 – Ce n’est pas parce que c’est vert que ce n’est pas du harcèlement

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente Ce n’est pas parce que c’est vert que ce n’est pas du harcèlement Récit d’un jeune anonyme interviewé par Jeffrey le 24 juillet 2018 dans un parc genevois, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «Je travaillais pour le Service de la jeunesse dans le cadre de mon Service civil, je m’occupais des grillades dans un parc. Il y avait deux jeunes filles qui étaient engagées par la Boîte à Boulots pour s’occuper des chaises longues, et qui mettaient aussi des jeux, des tables et des parasols à disposition pour les enfants. Et il y avait une bande de jeunes garçons – ils étaient vraiment très jeunes, je dirais 11 à 14 ans – qui s’étaient mis dans tous leurs états face à ces deux jeunes filles. Ils étaient constamment en train de les solliciter, d’essayer de les impressionner, de leur dire «je t’aime», et «allez file-moi ton numéro» et «c’est quoi ton pseudo sur Snapchat?»… J’ai passé trois heures dans ce parc et j’ai trouvé ça d’une lourdeur insupportable, c’était impressionnant de voir ces jeunes garçons qui, même s’ils n’en étaient peut-être pas conscients, pratiquaient une forme de harcèlement. Les questions que je me suis posées, c’est comment les deux jeunes filles vivaient la chose et quel pouvait être mon rôle dans cette situation. Je voyais bien que c’était pesant pour elles, qu’elles étaient amenées à banaliser la chose pour la rendre plus supportable et qu’elles s’efforçaient de rigoler un peu de temps en temps, mais c’était un rire un peu jaune. Il y en a quand même une qui m’a dit «je ne crois pas que je vais tenir la semaine»… J’ai l’impression que personne, ni elles ni eux, ne réalisait pleinement ce qui se passait. Ça m’a amené à réaliser à quel point il y a un manque de connaissances sur ces sujets-là dans cette tranche d’âge.»

En savoir plus

Parc des Cropettes, années 2010 – «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel» Récit d’une jeune anonyme interviewée par Jeffrey le 11 juillet 2018 au parc Bertrand, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était il y a à peu près six-sept ans, j’étais encore assez jeune et je n’étais pas complètement nette, je l’avoue. Et on était avec une amie posées sur un banc dans le parc des Cropettes à côté de la mare aux canards. Donc on était tranquillement posées, on parlait, on discutait de la vie, et d’un coup je lève ma tête et là, il y a un flash, vraiment très près, un immense flash, avec une lumière qui passe tout près de nous mais dans le ciel, et une sorte d’éclair comme s’il y avait un trait qui passait dans le ciel. D’abord ma première réflexion, c’est de taper sur l’épaule de mon amie pour lui montrer et… Je n’ai jamais vraiment cru aux extraterrestres et tout, mais là j’étais convaincue d’avoir vu un OVNI, mais genre vraiment. Et malheureusement mon amie n’a pas pu voir ce que j’ai vu, mais même maintenant, je suis convaincue d’avoir vu un OVNI, voilà. Sinon, mes souvenirs dans les parcs, ce sont tous mes anniversaires. Je pense qu’en étant genevois, on vient tous passer nos anniversaires, nos soirées d’été, les soirées de galère en hiver dans des parcs, on s’amuse toujours dans des parcs genevois, voilà. Je pense que j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans des parcs, et même au jour d’aujourd’hui, c’est toujours une valeur sûre pour traîner et passer un bon before*.» * La partie de la soirée qui précède la phase proprement festive (ndlr)

En savoir plus

Parc La Grange, années 80/90 – La secte des filles des arbres/Quand un cèdre vous sauve la vie

C’est l’histoire d’une fille qui vénérait les troncs et d’une femme qui avait un cèdre pour ami Le livre_ Genève dans ses parcs. Les nouveaux usages des espaces verts, de Nic Ulmi et Magali Girardin, Nyon, Glénat, 2013 «Place publique, jardin, forêt… l’espace vert, à Genève, c’est un peu tout cela à la fois. On y croise des pique-niqueurs romantiques et des accros du brasero, des danseurs de swing et des adorateurs des séquoias, des bâtisseuses de labyrinthes et des funambules, des géographes et des adeptes du yoga perché, des dragueurs et des fossoyeurs, des chiens, des renards, des dromadaires et même des poules.» => Le livre dans le catalogue des BM. L’extrait choisi (1) – La secte des filles des arbres «Souvenir d’un rituel enfantin, entre les parcs La Grange et des Eaux-Vives: «Avec un groupe de copines, on avait fondé une sorte de secte néo-amazonienne. On accomplissait des rites de passage: tisser un tapis avec des feuilles et des branchages, fabriquer de la poterie avec la terre du parc. On construisait des cabanes avec les bambous coupés par les jardiniers. On se faisait des tatouages dont on croyait qu’ils nous rendaient invisibles. J’avais 9 ans», raconte Chloé, fille des Eaux-Vives. Pour elle, le parc était une cour de récré dilatée aux dimensions d’un vaste domaine. «Je fréquentais une école qui pratiquait la pédagogie active et qui n’avait pas de préau. À la pause de midi, pendant toute ma scolarité primaire et par tout temps, on nous amenait au parc.» Un jour, Chloé fait un pas de côté. «J’avais une super copine, on formait un vrai binôme. Elle était peu groupale, pas très bien acceptée au sein de la “secte”. On a commencé un jeu dans un coin reculé, avec les arbres. Je ne sais plus si on en a discuté ou si c’est venu en enchaînant les On dirait que… Le fait est que nous nous sommes mises à vénérer ce groupe d’arbres. Nous leur avons attribué une individualité, donné un nom à chacun. Nous leur faisions des offrandes de fleurs. Ça avait un côté magique, on dialoguait, on jouait davantage avec eux qu’avec les autres enfants. Aujourd’hui encore, si j’entre dans ce parc, je ne me ressens plus en tant qu’adulte : c’est cette réalité d’autrefois qui est toujours là.» Culte des arbres indigène, né par génération spontanée…» L’extrait choisi (2) – Quand un cèdre vous sauve la vie «Souvenir d’une existence antérieure, pour ainsi dire, au parc La Grange: «J’ai l’impression que le parc m’a sauvé la vie», raconte Constance. Comment? «J’allais avec ma fille près du grand cèdre, je regardais la pelouse qui descend vers le lac. C’était un moment où je me sentais particulièrement triste et seule, dans des difficultés de famille. J’enlaçais l’arbre pour sentir de la force. Il est énorme, ancré, il a une présence puissante, il me donnait du calme et du courage. J’aimais penser qu’il y a des oiseaux dans l’air même pendant une guerre, que l’arbre traverse les siècles et voit les choses passer, que toute cette vie continue et que dans mon existence aussi, ça finirait par passer. Aujourd’hui, en entrant ici, je ressens une émotion, comme quand on retrouve des amis qu’on n’avait pas vus depuis longtemps. Comme si c’était une des personnes qui ont compté dans ma vie à Genève. Parfois, je rêve de ce parc.»

En savoir plus