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Parc des Cropettes – «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel»

Récit d’une jeune anonyme interviewée par Jeffrey le 11 juillet 2018 au parc Bertrand, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était il y a à peu près six-sept ans, j’étais encore assez jeune et je n’étais pas complètement nette, je l’avoue. Et on était avec une amie posées sur un banc dans le parc des Cropettes à côté de la mare aux canards. Donc on était tranquillement posées, on parlait, on discutait de la vie, et d’un coup je lève ma tête et là, il y a un flash, vraiment très près, un immense flash, avec une lumière qui passe tout près de nous mais dans le ciel, et une sorte d’éclair comme s’il y avait un trait qui passait dans le ciel. D’abord ma première réflexion, c’est de taper sur l’épaule de mon amie pour lui montrer et… Je n’ai jamais vraiment cru aux extraterrestres et tout, mais là j’étais convaincue d’avoir vu un OVNI, mais genre vraiment. Et malheureusement mon amie n’a pas pu voir ce que j’ai vu, mais même maintenant, je suis convaincue d’avoir vu un OVNI, voilà. Sinon, mes souvenirs dans les parcs, ce sont tous mes anniversaires. Je pense qu’en étant genevois, on vient tous passer nos anniversaires, nos soirées d’été, les soirées de galère en hiver dans des parcs, on s’amuse toujours dans des parcs genevois, voilà. Je pense que j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans des parcs, et même au jour d’aujourd’hui, c’est toujours une valeur sûre pour traîner et passer un bon before*.» * La partie de la soirée qui précède la phase proprement festive (ndlr) Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente

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Parc La Grange, années 2010 – «Une sorte de passage secret dans les buissons là-bas»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Une sorte de passage secret dans les buissons là-bas» Récit d’une très jeune anonyme interviewée par Mélanie le 21 août 2018 au parc La Grange, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «Dans le parc La Grange je suis allée dans une sorte de passage secret dans les buissons là-bas et je suis allée à peu près jusqu’au bout. La première fois je suis allée toute seule et là, je vois un homme bizarre, je voyais juste ses yeux qui brillaient, qui me regardaient… Je suis partie en courant. La deuxième fois j’y vais avec ma mère, on voit le même homme, je pars en courant. La troisième fois je vais avec un copain, on voit le même homme, et on est partis les deux en courant. L’homme ne nous a rien fait, il a juste eu un regard qui m’a fait, comment dire, peur. En fait il était bizarre, il avait une couette avec un élastique rose.»

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Un parc genevois, années 2010 – Ce n’est pas parce que c’est vert que ce n’est pas du harcèlement

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente Ce n’est pas parce que c’est vert que ce n’est pas du harcèlement Récit d’un jeune anonyme interviewé par Jeffrey le 24 juillet 2018 dans un parc genevois, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «Je travaillais pour le Service de la jeunesse dans le cadre de mon Service civil, je m’occupais des grillades dans un parc. Il y avait deux jeunes filles qui étaient engagées par la Boîte à Boulots pour s’occuper des chaises longues, et qui mettaient aussi des jeux, des tables et des parasols à disposition pour les enfants. Et il y avait une bande de jeunes garçons – ils étaient vraiment très jeunes, je dirais 11 à 14 ans – qui s’étaient mis dans tous leurs états face à ces deux jeunes filles. Ils étaient constamment en train de les solliciter, d’essayer de les impressionner, de leur dire «je t’aime», et «allez file-moi ton numéro» et «c’est quoi ton pseudo sur Snapchat?»… J’ai passé trois heures dans ce parc et j’ai trouvé ça d’une lourdeur insupportable, c’était impressionnant de voir ces jeunes garçons qui, même s’ils n’en étaient peut-être pas conscients, pratiquaient une forme de harcèlement. Les questions que je me suis posées, c’est comment les deux jeunes filles vivaient la chose et quel pouvait être mon rôle dans cette situation. Je voyais bien que c’était pesant pour elles, qu’elles étaient amenées à banaliser la chose pour la rendre plus supportable et qu’elles s’efforçaient de rigoler un peu de temps en temps, mais c’était un rire un peu jaune. Il y en a quand même une qui m’a dit «je ne crois pas que je vais tenir la semaine»… J’ai l’impression que personne, ni elles ni eux, ne réalisait pleinement ce qui se passait. Ça m’a amené à réaliser à quel point il y a un manque de connaissances sur ces sujets-là dans cette tranche d’âge.»

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Parc Bertrand, vers le milieu du 21e siècle – Une manifestation de rue chrétienne, nudiste et avinée

Dans une Genève future et sans voitures, le Web-gourou chrétien Georges de Gy lance, depuis le parc Bertrand, une offensive contre Geronimo Jules, grand homme mort 25 ans plus tôt dans une baignoire… Le livre_ Un exemple à suivre, de Guillaume Rihs, Paris, Kero, 2017 «Le grand homme dont Genève s’apprête à fêter le quart de siècle de la disparition est Geronimo Jules, un homme politique et un philosophe, à moins que ce ne soit l’inverse, qui a fait de la ville un parc géant, transformant les quartiers en zones vertes sans voitures. Il est aussi celui qui a fait voter l’interdiction des cloches d’église, au nom d’une laïcité stricte. Il aurait voulu aussi cacher les sans-abri dans les caves mais son initiative «Halte à la misère» avait échoué. (…) Mais ce joyeux ordonnancement est menacé par le terrible Georges de Gy dont la soif de vengeance n’a d’égal que son succès sur les réseaux sociaux. Hargneux rival politique de feu Geronimo Jules, le pétulant octogénaire a juré d’empêcher le Quart de siècle d’avoir lieu. Avec son amant, il rassemble les foules en quelques clics, envoûte les jeunes de vingt ans par sa foi chrétienne démonstrative et danse en roi de la fête lors d’immenses cortèges.» (Lisbeth Koutchoumoff, «Le comique des commémorations», Le Temps, 22.04.2017) =>Le journal Le Temps dans l’offre PressReader des BM. => Le livre dans le catalogue des Bibliothèques municipales L’extrait choisi_ «Au milieu du parc Bertrand, un paysan avait dressé un enclos et y élevait un troupeau qui faisait une viande locale. Si cela ne vous attristait pas trop, vous pouviez vous réserver une côte, une joue, une queue ; c’était traçable et ça avait du succès. Vous pouviez aussi louer une bête pour la journée, pour les enfants, pour faire un tour. Ce sont des animaux placides. Georges de Gy en avait choisi quatre, et de solidement charpentés. Georges de Gy, qui aime avoir les choses en main, traquait son bétail lui-même au milieu du parc Bertrand. Le paysan, leur propriétaire, l’accompagnait du regard et fumait près d’un pin. Réunir quatre bœufs et les atteler n’est pas une mince initiative ; Georges de Gy clopinait, un fouet à la main, les manches d’une chemise délicate relevées et les chaussures pas appropriées du tout. Son inexpérience et son âge avancé sautaient aux yeux de tous les promeneurs qui passaient par ici. Après l’avoir laissé se démener quelque temps, le paysan finalement s’en mêla et, d’un geste sûr, il réunit les animaux sous de magnifiques carcans anciens. Il les flanqua de quelques complices. Le paysan, payé, s’y intéressa à peine. Il dit vous serez patients, hein, vous ne les brusquerez pas, et il prit congé. Arriva Gomes d’un pas souple, rasé de frais et habillé de lin clair, on aurait dit un colon, avec, auprès de lui, quelques amis de son âge et des garçons et des jeunes filles plus jeunes, une trentaine en tout très excités, riant, blaguant ; une fière bande. Apercevant cette communauté fidèle, Georges de Gy éprouva une bouffée d’orgueil. Un seul mot sur une vidéo et paf, ils rappliquent ! Avant de se mettre en route, il assit son monde autour de lui et, pour se chauffer la voix, il proposa quelques improvisations, plaisanteries, chansons, dont cet air de sa composition : « Oh j’entends ton cul qui claque, mon capitaine » , puis il rappela les tenants et les aboutissants de tout ce carnaval : — Nos autorités célèbrent la médiocrité, qu’à cela ne tienne ! Nous célébrerons nos valeurs à nous, nous, la joie, nous ! Nous ne sommes pas des bœufs, nous ! Des êtres humains, nous ! Et nous allons leur montrer ce qu’être humain signifie ! Gomes, fais passer les liqueurs ! Plusieurs bouteilles circulèrent. On continua de chanter : « Quels sont les ordres mon capitaine ? » Et c’est un festival en plein air qui s’improvisait déjà. Déjà, des promeneurs se joignaient aux premiers arrivés, trouvant que c’était sympathique, mais qui êtes-vous exactement ? Jusqu’au moment de se mettre en route. — On y va, allez, dit Georges de Gy, qui sait ébranler une troupe. Les quelque quarante qu’on dénombrait maintenant, moins quelques-uns à pied pour guider l’attelage, grimpèrent sur le char. Deux trônes dominaient à l’arrière ainsi qu’une demi-douzaine d’enceintes alimentées d’un générateur. On fit retentir une musique électrique. Le cortège s’ébranla à pas bovins, on pouvait monter et descendre du char en route sans difficulté. On y distribuait des alcools, on y fumait de l’herbe, on y riait et on s’y tenait bras dessus bras dessous vers un après-midi heureux. Ils traversèrent le parc plein d’envies et sans scrupules, et derrière eux les cadavres de bouteilles dérivaient comme des naufragés.»  

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Parc Bertrand, 1974 – La traumatisée du toboggan

En naviguant dans sa mémoire pour autopsier une relation amoureuse, Monica tombe sur une chute dans un parc genevois… Le livre_ Tout cela n’a rien à voir avec moi, de Monica Sabolo, Paris, Jean-Claude Lattès, 2013 «Ce troisième roman, qu’elle considère un peu comme son premier, raconte, ou plutôt autopsie, un chagrin d’amour, Tout cela n’a rien à voir avec moi. Et pourtant, au contraire, tout cela a beaucoup à voir avec elle, et pour la première fois, elle a l’impression que ce texte reflète ce qu’elle est: «J’avais trouvé ma place dans ma tête, je m’autorisais quelque chose qui me ressemblait. Mais comme ce récit jouait avec l’autofiction, j’avais un peu l’impression de me balader toute nue dans la rue!» Dans ce roman, elle décrypte un chagrin d’amour, décrit toutes les stupidités auxquelles on peut se laisser aller dans ces moments-là, mais aussi la souffrance que l’on éprouve. Elle intercale ses propos de plein de photos qui sont autant de petits cailloux dans cette aventure. Beaucoup de gens s’y retrouvent. Le livre rencontre le succès et remporte le très branché Prix de Flore.» (Pascale Frey, «Monica Sabolo et les secrets de famille», Tribune de Genève, 24.08.2015) => Le livre dans le catalogue des Bibliothèques municipales L’auteure_ «Née à Milan, elle a grandi et fait ses études à Genève, passé ses vacances à Crans-Montana, avant de tout quitter pour travailler avec le WWF en Guyane, puis au Canada. Là-bas, elle rencontre quelqu’un qui lance un nouveau magazine à Paris, Terre et océans. La voilà journaliste, et parisienne! Elle a alors vingt-quatre ans, l’envie d’écrire, mais rien de plus précis. Le désir aussi, probablement, de mettre quelques centaines de kilomètres entre sa famille et son présent, le besoin de recommencer à zéro. Après Terre et océans, elle ose un grand écart en entrant au magazine très people Voici. La chasse aux célébrités remplace celle à la baleine… «En huit ans, je crois avoir occupé tous les postes! se souvient-elle. Puis j’ai travaillé à ELLE pendant quatre ans. J’ai arrêté pour écrire mon premier livre, Le roman de Lili, en 2000. Elle commente: «C’était une histoire assez légère, pas vraiment littéraire, mais j’avais 27 ans, et à l’époque, c’était ce dont j’avais envie. » Monica Sabolo laisse passer ensuite cinq années, le temps de faire deux enfants, avant de se lancer dans son deuxième ouvrage. Et puis plus rien à nouveau jusqu’en 2013. A ce moment-là, sa vie change de manière radicale, son envie d’écrire s’intensifie. Elle décide cette fois de s’y mettre sérieusement, de s’en donner les moyens, et quitte le magazine Grazia, où elle dirigeait la rubrique culturelle.» (Pascale Frey, «Monica Sabolo et les secrets de famille», Tribune de Genève, 24.08.2015) «Mais c’est avec Tout cela n’a rien à voir avec moi (2013) que la vie de Monica Sabolo change. Le succès de ce roman-enquête autobiographique, qui explore le chagrin d’amour à la façon d’un rapport de police zébré de poésie et d’humour, lui permet de se consacrer à l’écriture. Et de dépister ces secrets de famille qui lestent les vies.» (Lisbeth Koutchoumoff, «Monica Sabolo, à l’encre du lac», Le Temps, 07.10.2017) => Le journal Le Temps dans l’offre PressReader des BM. L’extrait choisi_ «Monica s’adapta à sa nouvelle vie avec la souplesse et la bonne volonté propre aux enfants, en particulier aux enfants nés dans le péché. Quelques mois après son arrivée à Genève, elle parlait français et ne prononçait plus un seul mot d’italien, cette langue issue d’un monde qui n’existait plus, enseveli comme Pompéi sous les cendres et la sidération. Au mois d’août 1974, elle accueillit la naissance de son petit frère Fabrice avec une joie souveraine, et entra au jardin d’enfants en gambadant, comme si les terres inconnues ne constituaient pas un problème mais la réponse à une volonté d’émancipation revendiquée. Au mois de novembre 1974, Monica monta sur un toboggan dans l’aire de jeu du parc Bertrand, et sous les yeux de sa mère, plongea la tête la première sur le béton. Elle se cassa le nez et afficha pendant plusieurs semaines un œdème géant qui mettait tout le monde mal à l’aise, ce qui ne l’empêchait pas de continuer de sourire, à la façon d’un politique soucieux avant tout du bien-être de ses administrés. À partir de ce jour, elle se mit à fréquenter les urgences et le cabinet du pédiatre avec une régularité remarquable, comme si l’épisode du toboggan avait révélé un goût secret pour la chute et le vide. Elle tombait sans cesse, dans la rue, au parc, au jardin d’enfants, puis à l’école, un effondrement discret, silencieux, qui se distinguait néanmoins par une prouesse mécanique – elle plongeait la tête la première, sans jamais se protéger de ses mains. Une signature personnelle qui lui valait des stigmates spectaculaires, œufs de pigeon sur le front, œil au beurre noir, menton ensanglanté, joues balafrées, et, acmé acrobatique, un traumatisme crânien remporté en chutant d’un tricycle à l’arrêt. Elle pratiqua cet art subtil jusqu’en 1977, année où elle fut contrainte de prendre des cours de judo. Confrontée à monsieur Weber, un professeur suisse allemand qui ne rigolait pas avec la motricité, elle dut renoncer à exprimer sa créativité par la voie du trauma et, vaincue, décrocha sa ceinture jaune.»

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Parc des Cropettes, années 2010 – «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel» Récit d’une jeune anonyme interviewée par Jeffrey le 11 juillet 2018 au parc Bertrand, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était il y a à peu près six-sept ans, j’étais encore assez jeune et je n’étais pas complètement nette, je l’avoue. Et on était avec une amie posées sur un banc dans le parc des Cropettes à côté de la mare aux canards. Donc on était tranquillement posées, on parlait, on discutait de la vie, et d’un coup je lève ma tête et là, il y a un flash, vraiment très près, un immense flash, avec une lumière qui passe tout près de nous mais dans le ciel, et une sorte d’éclair comme s’il y avait un trait qui passait dans le ciel. D’abord ma première réflexion, c’est de taper sur l’épaule de mon amie pour lui montrer et… Je n’ai jamais vraiment cru aux extraterrestres et tout, mais là j’étais convaincue d’avoir vu un OVNI, mais genre vraiment. Et malheureusement mon amie n’a pas pu voir ce que j’ai vu, mais même maintenant, je suis convaincue d’avoir vu un OVNI, voilà. Sinon, mes souvenirs dans les parcs, ce sont tous mes anniversaires. Je pense qu’en étant genevois, on vient tous passer nos anniversaires, nos soirées d’été, les soirées de galère en hiver dans des parcs, on s’amuse toujours dans des parcs genevois, voilà. Je pense que j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans des parcs, et même au jour d’aujourd’hui, c’est toujours une valeur sûre pour traîner et passer un bon before*.» * La partie de la soirée qui précède la phase proprement festive (ndlr)

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Parc DE la Grange, 2018 – Le Nord perdu de William Favre

Quatre auteur-e-s ont plongé – physiquement et/ou mentalement – dans quatre parcs genevois et ont converti leurs immersions en textes poétiques. Jean Firmann a été au parc La Grange, Philippe Constantin au parc de l’Ariana, Lorenzo Menoud au parc Bertrand, Silvia Härri au parc de la Perle du Lac Une proposition de l’association Poésie ambulante. Jean Firmann –  Le Nord perdu de William Favre L’HISTOIRE est engageante de ce parc immense, puissant sauvage & très beau, même si la sottise appliquée des vivants prétendus, aujourd’hui plus que jamais le menace. Hier matin encore y marchant à petits pas aux côtés de mon chien libre noir assez grand nommé Brusse, j’ai goûté tant que lui la vivante fraîcheur de ses frondaisons larges et hautes et j’y ai contemplé sous le cri rauque des intelligents corbeaux bleus la danse follement électrique de deux papillons dont les ailes étaient d’or – ou plus simplement de bronze peut-être – et qui frétillaient pleins de compagnes et de compagnons autour d’eux, et qui libellulaient & qui zigzaguaient des ailes d’amour dans l’air mieux que nul humain jamais ne sera capable fût-ce de l’évoquer en dansant sur une scène. C’était hier au parc de la Grange. Je veux donc parler du Parc de la Grange et non du parc La Grange comme le nomment sottement par les temps terribles qui couvent les tétaniques numériques & digitaux. Parc de la Grange car dix ans avant que Jean-Jacques Rousseau ne vienne au monde le territoire là-bas descendant en pente douce vers le lac Léman était planté de vignes et gras de pâturages sur cette rive gauche de Genève dont Calvin (selon la rumeur) n’avait jamais voulu admettre la possible existence. Ah! ces juteuses fontaines d’herbe où paissaient des vaches et leurs boeufs, queues battantes au flanc contre la piqûre des taons et le vrombissement obstiné des mouches d’or à tête verte. Pour abriter ces bêtes et lui même, un certain François Franconis, fils de réfugiés huguenots et de marchands redoutables de sel, de blé, de munitions et de métaux plus ou moins lourds y avait construit une vaste grange. Parc de cette grange oui où vivait François Franconis donc à jamais qu’on se le dise. Mais sur la terre au ciel qui tourne, les fortunes sont improbables et volontiers vacillent. Voici donc qu’une famille cossue de Lullin racheta les vingt mille mètres carrés du territoire là-bas descendant en pente douce vers le lac Léman érigeant vers 1720 au cœur de ce vaste espace une impressionnante maison de maître, ses généreuses dépendances & ses puissantes fontaines. Mais les Lullin huitante années plus tard se trouvèrent ruinés par la Révolution française – ah la vache! – ils durent vendre le parc contre écus sonnants et trébuchants à la famille Favre qui elle aussi excellait en triturations de marchandises, en gonflement de marges financières & gaufrages alambiqués de capitaux autant que ses prédécesseurs. Mais ces patriciens calvinistes, ces propriétaires un peu fantasques tout de même, ces banquiers d’argent pur comme divinatoires eurent tout au moins le sacré bon goût plein vert de s’entourer de quelques-uns des botanistes & dendrophiles les plus illuminés du siècle dix-neuvième. Nous n’avons plus au siècle 21 que des dendrologues plantant des arbres en leurs ordinateurs. Et voici que ces copains ensemencèrent idéalement d’espèces fabuleuses le pré des vaches et les vignes à Franconis nous offrant bien deux cents ans plus tard – les Lullin, les Favre – de beaux arbres immenses dont à trente-cinq mètres de hauteur la cime offre aujourd’hui aux hérons cendrés chaque avril de souples & vastes nids ; dont les pins tout aussi hauts sont visités parfois par les cocons phosphorescents – foudre larvaire, brûlante alerte – de la chenille processionnaire; de hêtres communs nus & beaux comme étaient lustrés & vibrants les triplés à peau bleue que la baleine dont les racines chantent fit naître; de ces grands hêtres pourpres au houppier incandescent que prisait tant Cadet Rousselle; de ces platanes puissants dont les feuilles tombant de haut en automne font coussinets luisants aux pieds de ceux qui vont par le trottoir, sans oublier les ifs aux troncs parcourus de profondes veines incarnates, les séquoias à la peau rousse veloutée & spongieuse qui sont venus à pied des Amériques ; et les cèdres majestueux aux larges cimiers tabulaires où les forgerons de Thor tonnent leurs célestes enclumes et jusqu’aux plus humbles marronniers aux fruits bruns qui dès octobre font mousser au sol le shampoing onctueux de leurs saponines. Oui j’aime follement les grands arbres du parc de la Grange, contemplant en toutes saisons leurs vies changeantes, leur génie torsadé, leurs fûts à pattes d’éléphant zébrés de crevasses & de tatouages parfaitement naturels et gravés parfois de cœurs qu’y dessinèrent un soir à l’opinel deux jeunes amoureux pétris de la sauvagerie neuve de plonger nus dans les yeux l’un de l’autre. Et cette forêt dans la ville a le luxe et la chance de connaître des nuits intimes & calmes, cette forêt peut couver et élever ses mystères car ses portes doivent demeurer fermées durant la nuit. C’est ce qu’avait notamment exigé William Favre quand il céda d’un coup très franc en 1917 le parc de la Grange aux citoyens de Genève. La très noble condition est en gros respectée, à l’exception des soirs de plus en plus fréquents où les spectateurs affluent pour aller entendre quelque concert de musique du monde sur la coquille acoustique dite scène Ella Fitzgerald sur une pelouse depuis peu dédiée hélas aux flammes graisseuses et aux fumées saucissonnes des barbecues brutaux ou pour aller voir quelque pièce donnée au Théâtre de l’Orangerie, le TO comme disent les gens tatoués des pieds à la tête et de l’anus à l’hippocampe de graphes hideux, les gens pressés, les gens ratatinés de maintenant. Saluons aussi la grande mare dite lac alpin où, au pied d’un haut saule blanc et d’un autre plus souple pleurant ses rameaux jusqu’à terre, sursautent muettes et giflant l’eau les carpes, où nagent noires les […]

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Parc Bertrand, 2018 – «Un parc qui a presque la forme d’un P ai-je remarqué»

Quatre auteur-e-s ont plongé – physiquement et/ou mentalement – dans quatre parcs genevois et ont converti leurs immersions en textes poétiques. Jean Firmann a été au parc La Grange, Philippe Constantin au parc de l’Ariana, Lorenzo Menoud au parc Bertrand, Silvia Härri au parc de la Perle du Lac Une proposition de l’association Poésie ambulante. Lorenzo Menoud – Parc Bertrand («Un parc qui a presque la forme d’un P ai-je remarqué») 1. je me suis égaré, je marchais suis arrivé dans un parc me suis perdu, dont j’ai oublié le nom, la ville même où il se trouve, « je ne sais bien redire comment j’y entrai »[1], dans un parc qui a presque la forme d’un P ai-je remarqué en en faisant le tour en y marchant le parcourant en tous sens, le nom du parc de la ville n’ont aucune d’importance, l’observant depuis en haut sur un plan, une carte, la forme d’un P comme PARC d’un P comme PERDU et comme PRESQUE, je me suis fourvoyé éloigné du bon chemin, d’un P comme PARCOURIR et comme PLAN, de haut en bas je déambule de gauche à droite, « j’abandonnai la voie vraie »[2], comme j’écris je me promène, portant la promesse d’y être reconnu et reconnaissant je fais quelques pas ramasse une pierre me baisse, une PIERRE qui commence par un P, comme se PROMENER, PORTER, PROMESSE comme PAS, les pas que je fais alors, une pierre qui a la forme d’un P comme PAR dans « parc » dans le parc, une pierre grise qui ne se distingue en rien d’autres pierres grises je vous l’assure, « pierre » comme « perdu » « pierre » comme « presque » « pierre » comme « parc » comme le P de la forme du parc où je me promène à ce moment-là, et je reconnais la pierre, elle m’est familière je l’ai déjà vue je ne sais plus où, à quelle occasion, « promesse » comme « presque » « promesse » comme « parc » « promesse » comme « perdu » comme le P de la forme du parc, je la tiens dans la main, la pierre la promesse, a la forme d’un P comme PLU(S) commence par un P, les pierres les promesses, leurs identités multiples, je la porte dans le parc, ainsi les êtres humains, la garde dans la main fermée, la promesse de la pierre la promesse de la dureté qui lui est associée la promesse de la stabilité sous mes pieds la fermeté de la promesse d’une décision, alors que tout bouge tout le temps dans le monde autour de moi, en dedans, dans ce parc qui a la forme d’un P comme le mot PIEDS, j’avance encore ramasse une branche, je pose la pierre la promesse au sol à la place de la branche j’ai déposé préalablement la pierre la promesse et pris de la même main la branche, j’ai déplacé la pierre la promesse, la main gauche, je l’ai mise à la place de la branche, dans un parc qui a la forme d’un P comme le P de POSER de PLACE de PRÉALABLEMENT et de PRENDRE, je me baisse et saisis cette partie d’arbre cette portion, tronçon d’arbre tombé au sol, PARTIE et PORTION d’arbre commençant par la lettre P la lettre P qui donne forme à ce parc, j’avance dans ce décor comme on se déplace dans un rêve, « alors il s’ébranla, et je suivis ses pas »[3] fin de la première partie 2. c’est une branche une branche de pin, un pin noir d’Autriche me souffle-t-on, le parc a donc la forme d’un P comme PIN, le parc a la forme d’un P non pas comme « noir » ni comme « Autriche », non pas comme « Allemagne » ni comme « Suisse » commenceraient par un P, ni même comme « Genève », ça me revient, je suis à Genève, dans un parc, éperdu, le parc Bertherend, du nom d’une femme, Berthe, d’une femme enceinte, une femme au physique passionné qui vient s’y promener, elle s’y rend, Berthe, avec son enfant à naître dans le ventre et qui parfois, nauséeuse, Berthe, y vomit d’où le nom de ce parc qui a la forme d’un P comme PHYSIQUE PARFOIS PASSIONNÉ commencent par la lettre P, Bertherend signifiant à la fois que Berthe se rend au parc et que Berthe rend dans le parc, un parc où elle se penche et dessine avec sa silhouette comme le P de « parc » et de se PENCHER, un parc qui désormais possède un nom, un parc que l’on a reconnu, et dont le nom a toujours été mal orthographié, dont le nom n’a jamais tenu compte de cette femme, Berthe, qui s’y promène régulièrement, un parc en forme de P qui se trouve à proximité d’un autre parc, comme POSSÉDER et PROXIMITÉ, qui se situe à côté du parc dit « des Contamines », un parc qui, au contraire du parc Bertherend, le parc des Contamines a ostensiblement la forme d’un O, ai-je remarqué, pour autant qu’une lettre puisse être le contraire d’une autre lettre, que le P soit le contraire du O et le O du P, ce dont je doute, bien que l’on puisse dire d’un parc qu’il a la forme d’un P contrairement à un autre parc qui aurait la forme d’un O, sans devoir dire que P est contraire à O, une lettre étant plutôt la négation de toutes les autres lettres, mais pas son contraire, par conséquent P étant non-A non-R et non-C, alors ces deux parcs ensemble, le parc de l’enfance et celui de la bourgeoisie, le parc où tout est encore possible et le parc où tout est déjà perdu, le parc où l’on se baigne nu et celui où l’on se montre habillé, ces deux parcs ici réunis, dont l’un a la forme d’un P comme POUR POUVOIR PLUTÔT POSSIBLE, et dont l’autre a la forme d’un O comme OISEAU OUBLI, comme OUVERTE OSER, ces deux parcs à la suite l’un de l’autre font donc, si on les lit, dans un sens, celui de ma découverte, PO, mais peut-on lire un parc ? tracent ainsi une syllabe sans que l’on ne sache ce que […]

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Parc de l’Ariana, 1884 – «Il se considérait un peu comme Apollon qui fait danser des Muses»

D’où ce bâtiment étrange – mi-cathédrale, mi-palazzo, 100% d’inspiration italienne – tire-t-il son existence? Qui l’a rêvé, voulu, bâti, et pourquoi? Les réponses de Sabine Lorenz, historienne et médiatrice culturelle au Musée Ariana… – Qui est ce Gustave Revilliod qui aménage le parc, bâtit le musée en 1884 et lègue le tout à la Ville de Genève à sa mort en 1890? Quel est son moteur? Et d’où vient la fortune qui lui permet tout cela? – Gustave appelle son musée «Ariana». Le musée est-il un monument à sa mère, Ariane? – On peine à l’imaginer aujourd’hui, mais à l’époque de Gustave, et jusqu’à l’installation de la Société des Nations, on atteignait le musée et le parc par le lac… – Le musée privé de Gustave Revilliod avait-il un rayonnement international? – Ce palais, qui en a pourtant tout l’air, n’a-t-il donc jamais été un lieu de résidence? Bibliographie: Véronique Palfi, «Varembé et l’Ariana au temps de Gustave Revilliod», dans Gustave Revilliod (1817-1890), un homme ouvert au monde, sous la direction de Danielle Buyssens, Isabelle Naef Galuba et Barbara Roth Lochner, Genève, Musée Ariana/Milan, 5 Continents Editions, 2018 => Ouvrage disponible dans le catalogue des Bibliothèques municipales

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Un parc genevois avec des colonnes, 2006 – La femme qui ne s’y attendait pas

Une femme parcourt trois fois un parc genevois doté de colonnes. Elle ne sait pas, puis elle espère, puis elle sait qui elle y rencontrera… Le livre_ L’Effrôlée, de Sabrina Berreghis, Grolley, L’Hèbe, 2006 «Johanne. Mariée. Deux enfants. Amoureuse de Marc. La famille parfaite. Normale. Heureuse. Et puis «ça» arrive. L’autre. Le troisième élément qui vient casser l’équilibre. Le cataclysme qui réduit à néant ce qu’on croyait solide. Le tremblement de terre qui pulvérise les certitudes. Seulement voilà: l’autre cette fois se décline au féminin. Johanne tombe amoureuse d’une femme. Et c’est toute son âme qui titube. Le choc est tellement total qu’il n’y a pas de place pour les longues considérations métaphysiques: essentiel, factuel, ce roman au style incisif est comme un coup de poing qui nous tient en haleine de la première à la dernière page.» Les trois extraits choisis_ «La vitrine vibre dans mon dos. La porte a claqué. La journée est finie. Je peux partir plus tôt. La patronne fermera. Je passe par le parc. M’aérer. M’asseoir sur un banc. Observer les reflets du ciel. La douceur de l’air me caresse. Avec gentillesse. Je rejoins les dalles sous les arcades. Entendre le son de mes pas. J’avance. Une voix de femme s’élève entre les colonnes. Devant. Plus loin. Comme un charme. L’Ave Maria. J’avance. Les colonnes s’emmêlent et se détachent au fur et à mesure. Des feuilles de papier qui pointent. Deux mains qui les tiennent. Un chapeau de toile par terre. Quelques pièces à l’intérieur. Je m’approche. Le mouvement dévoile la chanteuse de profil. Sa bouche arrondie. Ses lèvres en un cercle tendu. Des volutes de voix s’échappent là où le souffle se fait chant. Une main lâche les feuilles. Deux doigts lissent une mèche de cheveux derrière son oreille. Délicatement. Elle regarde ses partitions. Et le public. Puis ses partitions à nouveau. Ses cheveux scintillent dans le jour. Le sol est strié de faisceaux de lumière. Ses jambes se tiennent des deux côtés de sa jupe. Avec une grâce timide. Comme un dessin d’enfant. Elle parcourt l’assemblée des yeux. Son regard s’approche. Bientôt me frôlera. Ses yeux dans mes yeux. Encore.» «Aujourd’hui l’inventaire est interminable. Depuis le matin j’attends la fin de la journée. Stéphane me propose de fermer. Il ne sousentend rien. Mais moi j’ai honte quand même. La patronne est déjà partie. Mes pieds reprennent la direction du parc. Je ne sais pas à quoi je joue. Je veux juste la revoir. Une fois. La regarder. Bien en face. Voir son visage. De femme. Son corps. De femme. Voir que c’est une inconnue. Qu’il n’y a rien. Qu’il ne peut rien y avoir. Voir son malaise. De mon insistance. De mon attirance. Regarder ma folie par les yeux. Recouvrer la raison. Et puis rentrer chez moi. Sereine. Je pense à Marc. Je veux rentrer chez moi. L’entrée du parc est là. Les dalles sous mes talons. Ma course résonne le long des colonnes. Mon coeur s’affole. Je m’arrête. J’entends des cris d’enfants. Deux vieilles  marchent devant moi. Courbées. Leurs voix cassées dans l’air de la fin du jour. Et nulle trace de chant. La gorge étreinte. Je me remets à courir. Espérant. Entendant sa voix dans mes oreilles. Je veux qu’elle soit là. Je veux. Le bout des colonnes devant moi. Le silence du vide. Je tourne tout autour. Anna n’y est pas. Je tourne. Autour. Comme si elle allait apparaître. J’ai envie de pleurer. Mais je n’y arrive pas. Je suis adossée contre une colonne. En colère. Je regrette. J’aurais dû lui parler hier. Je voulais voir la réalité en face. Je ne sens qu’une douleur. Animale. Je me force pour pleurer. Mais les larmes restent collées au fond. Je me tape dans ma tête. Qu’est-ce que je voulais? Je prends toute ma force de haine. Et je la jette contre moi. Je m’écrase sous le coup. Sur un banc. J’ai mal. Paumée là. Dans ce parc trop grand. Je vais rentrer. Je suis malade. Je vais me soigner.» «Sa voix m’accueille à l’entrée du parc. – I’m a fool to want you. Je ferme les yeux en m’arrêtant. – I’m a fool to want you. To want a love that can’t be true, a love that’s there for love is true. I’m a fool to hold you. To seek a kiss not mine alone, to share a kiss the devil has known. Des gens l’écoutent. Je me place. Pas loin. De façon à la voir pour moi toute seule. Elle porte un manteau rouge. En daim. Et une jupe dessous. Une grosse écharpe de laine multicolore. Ses lèvres mélodieuses. Sa voix autour des colonnes. – Pity me I need you. I know it’s wrong, it must be wrong, but right or wrong I can’t get along without you. Je suis hors du temps. Elle est belle. Ma Marie. Elle m’a vu. La chanson se termine. Les applaudissements. Elle se penche pour éteindre l’appareil à cassette. Je l’aide. Lui fais la bise. Les gens s’en vont. Nous quittons le parc. Dans une petite rue, sous un porche, Marie me tire. Un mur contre mon dos. Elle m’embrasse. Il fait noir sous mes paupières. Notre premier baiser dehors.»

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