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Numérique, c’est quoi ton #genre ? (Introduction)

Des pistes de lecture, d’écoute, de visionnement et de jeu dans les catalogues des Bibliothèques municipales et de la Bibliothèque Filigrane, ou sur Internet Le programme de la Semaine de l’égalité 2019 (du 1er au 9 mars), organisée par le Service Agenda 21 et les Bibliothèques municipales, est en ligne ici. Les pistes de lecture/écoute/jeu/visionnement autour du thème « Numérique, quel est ton #genre? » sont en ligne ici:=> Pionnières du numériques=> Le numérique a-t-il un genre?=> Elles font le numérique=> Internet, un mégaphone des luttes féministes=> #balancetontroll=> IntelliGenre artificiElle Plus de 80 objets physiques (livres, disques, DVD, jeux vidéo) pour autant de liens vers des sources sur Internet : parmi les bibliographies publiées par les Bibliothèques municipales, celle-ci se singularise par son penchant pour les ressources électroniques. C’est le reflet de son thème : la Semaine de l’égalité en Ville de Genève, organisée avec le service Agenda 21-Ville durable, explore cette année les manières dont les rôles de genre se font et se défont dans les univers numériques. C’est également l’effet d’un paradoxe : les TIC (ces « Technologies de l’Information et de la Communication » qu’on continue à appeler « nouvelles ») apparaissent à la fois comme un territoire où l’absence des femmes est très alarmante et comme un domaine où leur présence s’exprime d’une façon particulièrement frappante. En fait, les femmes aussi créent le numérique depuis les balbutiements de celui-ci, et elles continuent aujourd’hui. La première personne qui élabora un programme pour transformer une machine à calculer en appareil à traiter l’information (c’est-à-dire en ordinateur) est la mathématicienne Ada Lovelace, en 1843. Nos téléphones portables et réseaux Wi-Fi utilisent un système de codage développé par l’inventrice et actrice Hedy Lamarr en 1941. Une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique PeerJ montre que les femmes sont jugées meilleures que les hommes en matière de codage informatique, à condition que les juges ne sachent pas que le code a été écrit par des femmes… Les trois premiers chapitres de cette bibliographie suivent ce fil, tentant de rendre visibles les femmes du numérique, mais aussi les processus (biais éducatifs, stéréotypes de genre, cultures d’entreprise…) qui les occultent et les écartent. Les trois chapitres suivants s’intéressent à la manière dont les technologies électroniques sont utilisées comme des instruments de dénonciation, d’émancipation et de construction d’identités nouvelles, soustraites aux contraintes des rôles de genre. #MeToo, vaste dévoilement des violences sexistes et sexuelles dans tous les domaines de la vie, a trouvé son premier terrain d’expression sur Internet – et il s’agit sans doute du premier mouvement social dont l’appellation, en forme de hashtag, est elle-même un objet numérique. En faisant un pas en arrière (vers l’époque où le numérique était chargé d’espoirs utopiques) et un bond en avant (vers le futur de la science-fiction), le tout dernier chapitre plonge dans le cyberféminisme et dans l’imaginaire cyborg… Des pionnières électroniques aux femmes-déesses-machines des sagas stellaires, en passant par les militantes qui utilisent le Web comme mégaphone, il y a ici de quoi réimaginer le genre, le numérique et, à travers eux, le monde. Les bibliothécaires et les médiateurs et médiatrices culturel-le-s numériques

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Parc des Cropettes, années 2010 – «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel»

Avez-vous une histoire marquante, étrange, amusante, un beau souvenir ou un épisode curieux à nous raconter, en lien avec un parc genevois? Avez-vous vu ou vécu quelque chose de particulièrement significatif dans l’un de ces lieux? Quels sont votre meilleur et votre plus étrange souvenir d’une chose vue ou vécue dans un parc? => Pour partager vos histoires, écrivez-nous à l’adresse leparcaugmente@numeriquebm.ch ou envoyez-nous un fichier son, image ou vidéo via la page www.numeriquebm.ch/index.php/le-parc-augmente «Un immense flash avec une lumière tout près de nous mais dans le ciel» Récit d’une jeune anonyme interviewée par Jeffrey le 11 juillet 2018 au parc Bertrand, dans le cadre d’une mission d’été du Service de la jeunesse. «C’était il y a à peu près six-sept ans, j’étais encore assez jeune et je n’étais pas complètement nette, je l’avoue. Et on était avec une amie posées sur un banc dans le parc des Cropettes à côté de la mare aux canards. Donc on était tranquillement posées, on parlait, on discutait de la vie, et d’un coup je lève ma tête et là, il y a un flash, vraiment très près, un immense flash, avec une lumière qui passe tout près de nous mais dans le ciel, et une sorte d’éclair comme s’il y avait un trait qui passait dans le ciel. D’abord ma première réflexion, c’est de taper sur l’épaule de mon amie pour lui montrer et… Je n’ai jamais vraiment cru aux extraterrestres et tout, mais là j’étais convaincue d’avoir vu un OVNI, mais genre vraiment. Et malheureusement mon amie n’a pas pu voir ce que j’ai vu, mais même maintenant, je suis convaincue d’avoir vu un OVNI, voilà. Sinon, mes souvenirs dans les parcs, ce sont tous mes anniversaires. Je pense qu’en étant genevois, on vient tous passer nos anniversaires, nos soirées d’été, les soirées de galère en hiver dans des parcs, on s’amuse toujours dans des parcs genevois, voilà. Je pense que j’ai passé la majeure partie de mon enfance et de mon adolescence dans des parcs, et même au jour d’aujourd’hui, c’est toujours une valeur sûre pour traîner et passer un bon before*.» * La partie de la soirée qui précède la phase proprement festive (ndlr)

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Espace Le 4e

«Le 4è» est notre espace voué au numérique. On peut se lover dans ses «cocons/corolles» pour tester des jeux vidéo, emprunter un-e bibliothécaire pour se repérer dans les labyrinthes de l’informatique, apprendre à créer un robot ou une vidéo. On peut aussi y découvrir des créations et des réflexions qui explorent les facettes méconnues de notre monde surconnecté. Toutes les informations sur l’agenda des BM, catégorie « numérique » : http://institutions.ville-geneve.ch/fr/bm/agenda/ Inscriptions sur : https://bmgeneve.agenda.ch/

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Écologie numérique

Les outils numériques peuvent-ils se mettre au service de la transition écologique? Les appareils connectés qui remplissent nos vies sont-ils compatibles avec la sauvegarde de notre environnement? À travers nos ateliers et tables rondes, nous questionnons la nature, la société et la technologie en quête de solutions. Toutes les informations des évènements à venir sont sur notre agenda, sous la catégorie « numérique » : http://institutions.ville-geneve.ch/fr/bm/agenda/   Quelques liens pour une écologie numérique sur Genève: Itopie  Itopie est une coopérative à taille humaine basée à Genève.Elle se bat pour une informatique libre, éthique, durable et citoyenne. Repairs cafés La FRC a mis en place des « repair cafés », principalement aux moments de « La ville est à vous », tenu par un réseau de bénévoles bricoleur.euse.s et aidant.e.s GE répare « Réparer plutôt que jeter », voilà la maxime de ce site qui est un carnet d’adresse vers des entreprises de réparation de tout type d’objets. Fablab Onl’Fait À propos de réparation, certains objets sont difficilement réparables, à moins de fabriquer soi-même les pièces ou d’en apprendre plus en électronique… par exemple au FabLab Onl’Fait. Les conversations carbone Pour les plus curieux.ses et motivé.es, les conversations carbones consistent en 6 séances de discussion puis d’étude à la maison afin de déterminer votre bilan carbone et comment le réduire. Et ensuite, à vous d’essaimer l’idée auprès de vos proches! D’ailleurs, ça commence par moi (c’est mal parti, déjà avec le point 1 : « je me désabonne des newsletter et spams », pour notre part, médiateurs culturels numériques, nous explosons les high-scores…). Sur le site de Terragir, vous pouvez même calculer votre empreinte carbone, ou en savoir plus sur leurs actions en milieu scolaire « Les robins des Watts« 

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Parc la Grange – Un lieu de rencontres secrètes

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc La Grange… Aussi longtemps qu’on s’en souvienne, ce parc a été un parc. Un lieu de culte et de culture, dans tous les sens du terme, un lieu où on fait pousser des choses. Les Allobroges, qui étaient les Celtes du coin, faisaient pousser des mégalithes, c’est-à-dire des menhirs. Les Romains du coin, qui étaient en fait des Allobroges devenus romains, faisaient pousser des restes romains, qui avant d’être des restes étaient une villa romaine un peu clinquante, un peu tapageuse, un signe extérieur de richesse. Jésus en 1444 fait pousser des poissons dans le célèbre tableau «La pêche miraculeuse», du peintre Konrad Witz, qui transpose le miracle biblique quelque part au large du parc La Grange. (On peut voir ce tableau au Musée d’art et d’histoire, c’est la plus ancienne image de ce lieu et c’est la plus ancienne représentation réaliste d’un paysage dans l’histoire de la peinture européenne.) On continue. Un certain nombre de membres de la famille Lullin font pousser un jardin et une villa. Un certain Favre fait pousser une bibliothèque, qu’il remplit de 15’000 livres, à côté de la villa. Un autre Favre fait pousser un alpineum, c’est-à-dire un paysage alpin en toc, mais très bien imité, prenant pour modèle un marécage situé à Faverges, sur le Salève. La Ville de Genève prend possession des lieux en 1918, légués par un petit dernier Favre. Elle fait pousser au cours du siècle qui s’ensuit des roses, des tortues, des saules pleureurs, des canards, un théâtre, des concerts, une bibliothèque ambulante. Ce parc est un parc, donc. Mais encore? Quel est ce lieu, quelle est la nature de cet endroit? Pour répondre, comme nous sommes ici dans une bibliothèque, nous avons parcouru des textes. Le premier dit à peu près ça (On dit «à peu près» parce qu’on l’a fait traduire de l’allemand par Google Translate, le retouchant juste un peu.) «Il franchit une haute porte en fer forgé pour entrer dans le parc, encore désert à cette heure matinale. En un gigantesque octogone, découpé en secteurs comme les tranches d’une tarte, poussaient des milliers de roses. Au-delà, Philip aperçut la bâtisse blanche. Appuyé contre la rambarde se tenait Donald Ratoff, gros et court sur pattes, à côté d’un homme grand et mince. Ratoff agita la main. Philip fit un signe en retour. Qui était le deuxième homme? Ratoff ne l’avait pas mentionné. À travers le lit de roses, Philip s’approcha de la maison. «Salut», dit Ratoff, alors que Philip s’avançait vers les deux hommes. Il tendit une main molle et moite, qui se logea dans celle de Philip sans exercer la moindre pression. «Heureux que tu sois venu si vite.» Il présenta le deuxième homme, qui était vêtu d’un costume beige d’été. «M. Günter Parker, commissaire principal, chef de la Commission spéciale 12 juillet.» «Ravi de faire votre connaissance», déclara Parker. Sa poignée de main était ferme. Il avait un visage mince et bronzé, des cheveux blonds coupés court, des sourcils blonds et touffus et des yeux brillants. Commissaire principal – pensa Philip – et pourtant si jeune. Il paraissait étrangement sérieux et triste. Philip se sentit soudain très vieux. Le gros Ratoff, qui affichait une bouche tordue et un crâne sur lequel on ne trouvait pas un cheveu, dit: «Vous savez ce qui s’est passé à Berlin.» «À Berlin?» «Hier après-midi à Spandau. Aux United Remedies. C’est alors que…» «Oh, bien sûr!» Soudain, Philip se souvint de ce qu’il avait vu et entendu sur la chaîne ZDF, juste avant que Simone ne vienne à son appartement. «Un nuage de chlore gazeux s’est échappé d’une chaudière industrielle. Beaucoup de morts. Des centaines d’empoisonnés. Des émissions spéciales à la télé… C’est pour ça que vous…» «Oui, Monsieur Sorel», répondit Parker, qui tenait dans ses main une valise diplomatique. «C’est pour cette raison que nous sommes ici. Quatorze autres personnes sont mortes depuis que vous avez vu le rapport.» «Horrible», déclara Ratoff en baissant le regard vers ses chaussures sur mesure Ferragamo. Les chaussures étaient d’un gris argenté, comme son costume, qu’il avait assorti d’une chemise bleue et d’une cravate à rayures argent et bleues. «Absolument horrible. Souvenez-vous, c’est nous qui avons construit le centre de données.» «Pourquoi?» demanda Philip. «L’accident est-il dû à une erreur du centre de données?» «Nous ne le savons pas», répondit Parker. «L’enquête n’est en cours que depuis hier. Une chose est certaine. Ce n’était pas un accident, c’était une attaque terroriste.» «Terrible, Philip, tout à fait horrible», intervint Ratoff. «Le commissaire principal a ordonné un blackout de l’information. C’est pour cette raison que je t’ai appelé depuis le parc. Ici, nous pouvons parler sans que personne ne nous entende.» «Comment êtes-vous arrivé à Genève si tôt, M. Parker? Je veux dire, avec quel avion?» «Un vol spécial», dit vivement Ratoff. «Nous avons atterri il y a une heure.» «Marchons un peu», dit Parker. Dans l’octogone de roses, l’odeur devenait presque assourdissante. Il n’y avait toujours personne en vue et les oiseaux chantaient encore dans les cimes des arbres. Philip regarda, au-delà du parc, le lac luisant sous le soleil. En 1999, l’auteur autrichien de best-sellers Johannes Mario Simmel (35 romans, 73 millions d’exemplaires, 33 langues), fait donc pousser avec son roman Liebe ist die letzte Brücke («L’amour est le dernier pont») une intrigue internationale dans le parc La Grange: un lieu où, si l’on en croit l’écrivain, on parvient à se cacher des yeux du monde. Un lieu de rencontres secrètes et de séparation, comme les cavernes minérales ou végétales des rituels d’initiation des sociétés tribales – un lieu où l’on passe un certain temps à l’écart, avant de retourner prendre sa place en société, mais transformé-e. C’est ce qui se passe dans le deuxième texte que nous avons parcouru pour tenter de comprendre la nature de ce lieu – un roman dont la narratrice, Johanne, parcourt trois fois un parc genevois doté de colonnes, en ne sachant pas, puis en espérant, puis en sachant […]

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Parc de l’Ariana – Indiana Jones et les nazis du Léman

Une plongée dans l’imaginaire romanesque du parc du parc de l’Ariana… Le texte que je tiens entre les mains est une tentative de comprendre où je suis. Qu’est-ce que c’est que ce lieu improbable, incrusté dans le quartier des organisations internationales, dominant une pente verte qui roule jusqu’au lac? Quelle est sa place dans le vécu et dans l’imaginaire de cette ville? Dans quel but y a-t-on planté ce palais hyperbolique? Quel genre de personne vient y traîner? Vous excuserez qu’on convoque une référence un peu convenue, mais il faut le dire: bien que le nom de ce parc renvoie à une dénommée Ariana, il s’avère ardu de détecter les traces de cette Ariana-là. Cette Ariana s’appelait en fait Ariane, Ariane de la Rive. D’ailleurs ce parc allait justement jusqu’à la rive, où il y avait un port qu’on appelait «port de l’Ariana» avec un restaurant sur pilotis. S’appuyant sur la documentation iconographique de l’époque, c’est-à-dire sur des vieilles cartes postales, le journaliste Jean-Claude Ferrier de la Tribune de Genève écrira, bien plus tard, que cet établissement ressemblait – on le cite – à une pagode chinoise ou à un gâteau de mariage bavarois. Le journaliste note aussi que le restaurant du port de l’Ariana est démoli en 1911 parce que son architecture déplaisait semble-t-il très fortement au public genevois. Il s’avère ardu, disais-je, de trouver le fil d’Ariane qui, de la rive, conduit au lieu où nous nous trouvons aujourd’hui. Mais comme nous sommes ici dans une appendice, une excroissance mouvante et connectée d’un réseau de bibliothèques, nous avons malgré tout cherché ce fil en feuilletant des livres. Et comme nous sommes vendredi, journée consacrée en ce lieu à explorer des choses réelles et imaginaires par des voies numériques, nous avons aussi cherché ce fil sur le réseau. Commençons par ce par quoi il est facile de commencer. Avant d’être un parc, ce parc est une campagne appelée Varembé, partagée en plusieurs domaines, dont l’un appartient à un certain Revilliod. Revilliod se marie avec Ariane. Ariane et Philippe-Léonard – c’est le prénom du type – ont un enfant, Gustave, qui voyage, collectionne, hérite, agrandit le domaine, construit ce palais, meurt célibataire et sans enfants, léguant ses biens à la Ville en 1890. Arrêtons-nous un instant sur cet ensemble de circonstances. Vous êtes Gustave, vous possédez un hôtel particulier au 12, rue de l’Hôtel-de-Ville, que vous remplissez d’objets ramenés de partout, que des gens viennent admirer de partout, jusqu’au moment où vous vous trouvez à l’étroit: il faut plus de place pour cette collection, pour cette admiration. Vous décidez donc de construire un lieu monumental et majestueux pour abriter et montrer les 30’000 pièces amassées çà et là. Pour mettre en route ce projet vous embarquez dans une escapade un jeune homme, qui a fait des études d’architecture, vous l’embarquez pour qu’il s’imprègne du style des palazzi somptueux qu’on bâtissait en 1500, en 1600 ou en 1700 en Italie. Vous revenez tous les deux avec plein d’idées, vous les mélangez toutes et vous construisez votre musée privée. C’est ça, la vie à la Gustave. Et vous baptisez votre palais en hommage à votre mère qui entre-temps est défunte, vous laissant un héritage qui, justement, vous a permis de dépenser comme ça sans compter. Vous donnez donc au palais le nomme d’Ariane, un petit peu modifié: Ariana. Or donc, au sujet d’Ariane, il est malheureux de constater que l’intégralité du Web ne dit presque rien si ce n’est que le peintre Firmin Massot lui fit à dix-huit ans un portrait et qu’elle fut ensuite l’épouse de Philippe-Léonard, puis la mère de Gustave, et que Gustave écrivit dans son testament «Ma mère m’a inspiré dès mes plus jeunes ans, et a nourri plus tard en moi les goûts qui ont fait le bonheur de ma vie» – et c’est à peu près tout. On peut ainsi dire que l’Ariana célèbre Ariane en la faisant disparaître. On part donc tirer les fils qu’on peut dans le catalogue des bibliothèques et dans d’autres bases de données, et on trouve non pas un fil, mais un petit écheveau passablement échevelé ayant pour fil rouge un je-se-sais-quoi d’impénétrable et sibyllin. Si on tire un premier fil de cette pelote d’Ariane en tapant «parc» et «Ariana» dans Google Books on tombe sur Monsieur Thorpe, étrange nouvelle d’Emmanuel Bove, étrange auteur français, de mère luxembourgeoise et de père russe, qui fit un bout de scolarité à Genève au début des années 1910 sous l’identité d’Emmanuel Bobovnikoff qui était en fait son vrai nom. Dans la nouvelle, publiée en 1930, on ne sait pas trop ce qui se passe, si ce n’est peut-être le mystère souvent perturbant que les adultes représentent pour les enfants. «Avant que mes parents eussent quitté Genève, nous habitions dans une maison neuve de la rue de l’École de Médecine, au sixième étage. (…) Ce fut dans cet appartement que je vis pour la première fois M. Thorpe. Mon père l’avait amené à déjeuner, mais ainsi qu’il faisait toujours, sans prévenir ma mère. Je n’avais absolument prêté aucune attention à ce convive, et sans les relations qui suivirent, je crois qu’il eût disparu à tout jamais de ma mémoire. Car, à table, j’étais toujours absent. Je n’avais qu’une pensée, finir rapidement le repas afin de m’éclipser. C’était un supplice pour moi d’attendre que mes parents eussent achevé. Aussi, quand nous avions un hôte et que le repas se prolongeait, je sentais sourdre en moi une grande colère à l’endroit de l’invité qui, sans s’en douter, m’obligeait à rester à table. Finalement, lorsque je pouvais me lever, j’éprouvais un tel soulagement que j’oubliais presque aussitôt celui qui était cause de la lenteur du repas. J’avais donc complètement oublié M. Thorpe lorsqu’au printemps de l’année 1910 ou 11, je l’aperçus au parc de l’Ariana. Il était assis face au lac et regardait au loin le Mont-Blanc, semblable, vu de cet endroit, au chapeau de Napoléon, ainsi que le disent les petites brochures de propagande. Je ne l’avais […]

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