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En zigzag à travers les plantes et la pluie…

Mercredi 22 juillet, Aujourd’hui deux grandes tentes sont dressées devant la Mobithèque par les médiatrices et les médiateurs des Conservatoire et Jardin botaniques, fort heureusement…L’atelier « Ces plantes incroyables qui pulvérisent tous les records », démarre et le public part à la découverte de ce magnifique parc, qui est en réalité un musée à ciel ouvert avec des trésors et des raretés botaniques en provenance des quatre coins du monde…Retour sur le site principal de la Mobithèque et arrivée intempestive d’une pluie battante, qui oblige les participants à s’abriter sous les tentes salvatrices. Petite accalmie pour le départ du deuxième atelier « La plus monstrueuse des carnivores! », qui fait carton plein malgré le temps plus que maussade. Ce dernier après-midi de carte blanche à l’Unité de médiation scientifique des Conservatoire et Jardin botaniques, a été mené avec un grand savoir-faire, en naviguant avec brio au travers des caprices de la météo…

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La musique se répand dans l’herbe et dans les arbres…

Samedi 18 juillet, Il fait beau et chaud, il y a peu de monde en ce début d’après-midi aux Conservatoire et Jardin botaniques…Et pourtant, une petite heure plus tard, des petites têtes commencent à se pointer vers la Mobithèque pour participer à l’atelier d’initiation à la musique, donné et adapté à ces tout petits, par les musiciennes et excellentes pédagogues de l’ensemble Eole. Pendant ce temps-là, la chanteuse et comédienne Sophie Solo se prépare pour le premier concert de cette édition « De parc en parc avec les BM ». Vers 17h30, le public, moins jeune cette fois, commence à affluer et à s’installer sur un pouf, une chaise ou tout simplement dans l’herbe…La guitarre résonne et la magnifique voix de Sophie Solo nous enchante pendant plus d’une heure…Son répertoire mêle humour et engagement malicieusement féministe, interprétant Véronique Pestel, Anne Sylvestre, Michèle Bernard, Allain Leprest, Francis Blanche, ainsi que ses propres textes très touchants. Un petit air de Woodstock plane sur la pelouse des Conservatoire et Jardin botaniques…

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Du sport et des contes pour le dimanche

Dimanche 5 et 12 juillet, Le temps est toujours au beau fixe et le parc de la Grange est toujours bien animé. David Schnyder, bibliothécaire responsable de l’espace sport, convie petits et grands à une Balade ludique et sportive «à la carte», qui se déploie dans le parc la Grange et dans le parc des Eaux Vives. Grâce à une carte-parcours d’orientation minutieusement dessinée par le Club de course d’orientation du CERN, chacun peut découvrir quiz et challenges au gré des balises numériques réparties dans les arbres des deux parcs. SportiGenève est aussi de la partie et présente sa nouvelle application ainsi que la plateforme dédiée au sport genevois. Et après l’effort, la récompense des contes venus des pays des Tsars, merveilleusement contés par Casilda, qui fait trembler de peur et de joie petits et grands… La balade ludique et sportive au Parc la Grange reste disponible à tout moment et pendant tout l’été. La carte d’orientation est à télécharger ici: https://issuu.com/bibliobmu/docs/balade_ludique_et_sportive

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Rendez-vous avec la musique

Samedi 4 juillet, Pas de nuages en vue au parc la Grange, qui grouille d’enfants, de familles et de jeunes qui se prélassent dans l’herbe ou qui fêtent des anniversaires…L’ensemble Eole est prêt, avec ses partitions pas commes les autres, pour donner le tempo aux trois sessions qui se suivent mais qui ne se ressemblent pas. Parfois, les enfants sont un peu trop petits pour l’activité, mais les plus grands sont prêts à les aider et l’ensemble fonctionne… Pour clore ce premier après-midi musical, voici qu’entre en piste Youri Ortelli , assisté par Frédéric Sauge, pour les fameux Quiz musicaux. Les fidèles sont là, d’autres se rajoutent spontanément, des passants observent les mélomanes en train de rivaliser en connaissances musicales. Un moment jouissif et festif qui ravit tout le monde. Vivement samedi prochain…

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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 8e halte

Un Luna-Park oublié sous un parc «Les affreux pylônes sont arrachés. Les horribles statues en simili-bronze sont renversées. Les affiches qui salissaient la promenade ont disparu. Les échafaudages qui transformaient l’admirable jardin en une vulgaire place de foire vont s’écrouler à leur tour. L’absurde nom de Luna-Park, qui ne signifie rien eu aucune langue du monde, va tomber dans l’oubli. Le parc des Eaux-Vives ressuscite sous le soleil dans le chant des oiseaux et le murmure des fontaines.» C’est ainsi, le 13 juin 1913, que le Journal de Genève célèbre «Le réveil du parc des Eaux-Vives» – c’est le titre – grâce à la démolition du Luna-Park. La deuxième mouture du parc d’attractions, celle de 1912, s’est avérée en effet aussi peu rentable que la première. En janvier 1913, la société du Luna-Park est mise en liquidation et le domaine est mis en vente.Que deviendra-t-il? La presse met en garde: «Il sera livré aux géomètres et aux terrassiers, dépecé, morcelé, canalisé, nivelé à droite et à gauche d’une route rectiligne, de petites villas rouges, bleues, mauves et jaunes s’élèveront, à moins que ce ne soient d’immenses bâtisses locatives. Il faudra dire un adieu, définitif cette fois, à la superbe allée de marronniers, aux pelouses si mollement ondulées et si artistement plantées, à la riche végétation de ce parc unique, à l’étang romantique où croassent les dernières grenouilles de l’agglomération urbaine… De tous les côtés la ville envahit la banlieue. Partout s’élèvent des immeubles à 4 ou 5 étages. Il faut aller loin, les dimanches d’été, pour trouver un peu d’espace, de verdure, d’ombre et de fraîcheur, pour laisser le regard se reposer sur des prés, des champs et des arbres… Ne conviendrait-il pas de réserver à proximité immédiate des quartiers populeux quelques coins ombreux où l’on puisse conduire la marmaille et la laisser s’amuser à l’abri des automobiles et de leur poussière? Fin de citation. Les Eaux-Vives, qui sont alors une commune, rachètent le domaine grâce à une levée de fonds auprès de la population. Elles le rachètenten s’engageant à prendre des mesures – nous citons le maire d’alors, John Gignoux – «pour que la population y trouve les facilités d’accès, les jouissances honnêtes, hygiéniques, artistiques et paisibles qu’elle peut désirer». Fini les attractions, donc, fini le Cyclone canadien, le Water-Chute, les Vagues charmeuses, le théâtre Tanagra, l’Afrique mystérieuse, les promenades à dos de chameaux,les 16’000 ampoules électriques,les concours de bébés, le baron Pouce. C’est ainsi que ce parc devient ce parc. RETOUR à la page d’accueil du parcours-récit Un Luna-Park oublié sous un parc

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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 7e halte

Le retour aux jouissances hygiéniques Pointage express. Par levée de main, qui parmi vousdéteste les Luna-Park? Une… vous… non… si…? Bon. Au printemps 1911, dans la presse romande, qui est grosso modo notre seule source pour visiter textuellementle parc d’attractions dressé cette année-là dans le parc des Eaux-Vives, dans la presse romande, disais-je,tout le monde adore. «Jamais encore on aura vu un aussi judicieux choix de “great attractions” mondiales, installées dans un cadre aussi merveilleux», écrit le Journal de Genève. «Dans ce cadre incomparable, les attractions les plus sensationnelles, les plus scientifiques, les plus nouvelles, ont été reunies», lui fait écho la Feuille d’avis de Vevey.Tout le monde adore, donc, tout le monde sauf un, le dénomme Gaspard Vallette, qui dans un roman à épisodes intitulé La Vie genevoise, pleure l’ancien aspect du parc des Eaux-Vives et «les nobles perspectives d’un coin de nature splendide» qui a été «condamné à l’appellation et aux images grotesques d’un Luna-Park». Tout le monde sauf deux, si on compte l’anonyme qui publie, sous le pseudonyme de Frelon, une brochure de dix pages imprimée par ses propres soins où il s’en prend au «massacre esthétique de ce qui fut le Parc des Eaux-Vives», à la «foule qui grouille, crie, grogne», aux femmes qui poussent des cris sur les montagnes russes, à la piste de patinage qui est «un cirque pour le rapprochement des sexes» et pour finir à tout ce qui bouge dans cette «cité du bruit», dont le «parisianisme à outrance» massacre les seuls vrais atouts touristiques de Genève, qui sont, à ses yeux, ses «beautés naturelles». Au fil du temps, les râleurs – et peut-être aussi les râleuses, qu’on n’entend pas, parce que nos sources ne font entendre que des voix d’hommes –, les voix râleuses, donc, deviennent plus nombreuses. À l’automne, après la fermeture saisonnière du parc, une lettre ouverte de l’Association des intérêts de Genève, qui a pour but de promouvoir le tourisme, appelle à «rendre au parc des Eaux-Vives une partie de son ancien aspect» et «à supprimer une partie des installations du champ de foire qui l’ont tant défiguré». C’est ainsi que l’année d’après,le 11 mai 1912, qui est à nouveau un samedi, le Luna-Park se réouvre dans une version remaniée. La journée inaugurale attire 19’000 personnes. L’hebdomadaire Lausanne-Plaisirs, qui fait le déplacement en bateau, s’extasie «Les innovations apportées sont des plus heureuses. L’intelligent et avisé directeur, M. Lansac, veut faire de son somptueux établissement le véritable rendez-vous des familles», écrit-il. Les enfants «s’amuseront tout en s’instruisant à la visite des curieuses cases du jardin zoologique, lesquelles remplacent avantageusement le turbulent village nègre de l’an dernier». Fin de citation. Au sujet de ces «turbulences», nos sources restent muettes. On ne sait pas vraiment ce qu’on reproche au «village noir» du Luna-Park, dont je vous parlais il y a quelques arbres. Peut-être lui reproche-t-on ses bruits de tambours, ses fumées de bivouac, ses corps trop dénudés, mais à vrai dire on n’en sait rien. Un rapport du Département cantonal de Justice et Police se borne à noter que – je cite «[à] la place du village nègre, la direction a installé le jardin zoologique, composé de phoques, singes, zébus, lamas, chèvres, pélicans, autruches, flamands, ours». Fin de citation. S’amorce ainsi, quoi qu’il en soit,le retour à ce que John Gignoux, maire des Eaux-Vives, appellera, une année plus tard,«les jouissances honnêtes, hygiéniques, artistiques et paisibles»et ce sera mon dernier mot quelques arbres plus loin. LA SUITE DU PARCOURS RETOUR à la page d’accueil du parcours-récit Un Luna-Park oublié sous un parc

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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 6e halte

«Aujourd’hui, grand concours de bébés» «Un concours de bébés à Luna Park. Le Luna-Park organise pour le dimanche 6 août un grand concours de bébés. À l’heure actuelle, soixante inscriptions sont déjà parvenues à la direction. Les bébés seront réunis à la crèche du parc: le défilé aura lieu à quatre heures. Les bébés seront portés ou traînés dans de petites voitures. De nombreux prix seront distribués.» Voilà ce qu’on lit dans l’édition du 30 juillet 1911 de notre source de référence, le Journal de Genève, seul quotidien genevois, pour l’instant, à être entièrement disponible en ligne dans des archives numérisées.Je ne saurais vous dire où se situait entre ces arbresla «crèche du parc» qui accueillit ce concours. Quoi qu’il en soit, la presse en reparle une semaine plus tard: «Devant le nombre formidable des inscriptions pour le concours de bébés à Luna-Park, la direction a été forcée de clôturer jeudi soir la liste des inscriptions. 380 bébés participeront au concours.» Le jour J arrive, c’est un dimanche, le 22 août 1911.Le Journal de Genève s’étale là-dessusen long et en large. «Le concours de bébés à Luna-Park. Dimanche a eu lieu à Luna-Park le concours de bébés. Ils ont été les triomphateurs du jour et les attractions multiples ont pâli devant le ravissant et réjouissant défilé de la génération fraîche éclose. Les inscriptions avaient atteint le beau chiffre de six cents garçonnets et fillettes; aussi a-t-il fallu procéder à une élimination qui n’était pas sans-difficultés et pour la mener à bien on fit appel à tout un état-major médical présidé par M. le Dr G. Biolley, chef de clinique à la policlinique gynécologique et obstétricale de la Maternité et médecin de la consultation des nourrissons. MM. les docteurs Lurié, Ostermann, de la policlinique de la Maternité, et Mme la doctoresse Daïnow fonctionnaient comme jurés, assistés de six des nos plus compétentes sages-femmes. Et l’on commença à faire défiler dans le hall les bébés joufflus, parés de leurs plus beaux atours. Les mamans et les nourrices étaient très fières: les papas ne l’étaient pas moins. Les minuscules concurrents et concurrentes ne briguaient pas moins de dix prix offerts par le Luna Park, ainsi que par plusieurs maisons et particuliers de notre Ville. M. Ernest Vaglio, âgé de 23 mois, a fait honneur au sexe fort en remportant le “championnat pour le plus parfait bébé, garçon ou fi!le”; le sexe faible a donc été battu à plate couture! il est vrai qu’il a pris sa revanche, une revanche éclatante en s’adjugeant par le frais minois d’Alice Quechlnetti le prix pour le plus joli bébé. Le même sexe, représenté par Ceseri-Lea Lacharrère, a encore remporté le prix pour le plus gros bébé, et celui attribué au bébé le plus gai. Les autres récompenses ont été décernées comme suit: pour le garçonnet le plus parfait, Pierre Bouvier: pour la fillette la plus parfaite, Yvonne Probst; pour le plus petit bébé en proportion de son âge, garçon ou fille, Arlette-Renée Menoux; pour les deux plus beaux jumeaux, Marcelle et Renée Sandret; pour le bébé montré dans la voiture la mieux décorée, Aurélia Llorret; pour le plus gai bébé, Edmée Arlaud; pour le plus beau bébé nourri à la farine lactée, Alice Quechinetti. Voilà nos bébés passés à la postérité.» La postérité commence d’ailleurs tout de suite. Le concours donne lieu en effet,un mois plus tard,à une (nous citons à nouveau)… … «exposition photographique des lauréats du Championnat des Bébés organisé par le Luna-Park: Les plus beaux enfants de Genève. Une exposition unique que toutes les personnes aimant les enfants doivent voir». Activité étrange, oui, mais en même temps pas tant que ça. Renseignements pris, les concours de bébés sont à la mode, en Suisse comme en France, à partir des années 1880, comme d’ailleurs un autre genre de compétition que le Luna-Park met au programme en ce même mois de septembre 1911. Nous citons toujours: «Deux grandes épreuves amusante ont été créées par le Luna-Park. C’est, pour les garçons, une grande course aux grenouilles. Voici le règlement: six garçons reçoivent chacun dix grenouilles bien vivantes placées dans une petite brouette; celui qui arrive Ie premier au but avec tout son chargement complet de grenouilles (fournies par la maison Pêche et Sport, près du Pont de l’Île) est déclaré vainqueur! C’est, pour les filles, une grande course aux lapins. Voici le règlement: six fillettes reçoivent six jolis petits lapins, attelés avec des rubans roses et bleus; à l’aide d’un bâton auquel est fixée une carotte. Il s’agit d’amener son quadrupède le premier au but.» Zoos humains, concours de bébés, lapins pour les filles, grenouilles pour les garçons: c’était il y a cent-neuf ans au parc des Eaux-Vives.Voilà, si l’on peut dire, d’où vient ce parc, voilà d’où on vient. LA SUITE DU PARCOURS RETOUR à la page d’accueil du parcours-récit Un Luna-Park oublié sous un parc

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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 5e halte

«L’Afrique mystérieuse» et le temps des zoos humains «L’Afrique mystérieuse. 100 indigènes, vraie reproduction d’un village nègre». C’est ainsi qu’une annonce publiée en juin 1911 dans la presse romande présente une des attractions phare du Luna-Park genevois.L’expression «village nègre» est reprise par tous les journaux. C’est – lit-on –un «village nègre fort bien installé et tout à fait pittoresque», un «village nègre qui vient de procéder à un pittoresque baptême». Ceci nous pousse ici à nous poser une question, la même question, à vrai dire, que se pose, un jour de 2014, une personne qui écrit à Interroge, le service un peu magique du réseau des bibliothèques genevoises qui répond en 72 heures à vos question. Ce jour-là, donc,la question est la suivante: «Quand le terme « nègre » est-il devenu péjoratif?» Le personnel des bibliothèques plonge dans ses livres et revient avec une réponse complexe et détaillée,qui ne pose pas des certitudes en béton armé,mais où l’on trouve ceci: le dictionnaire Robert de la langue française signale que – je cite – «au XIXe siècle, « nègre » et ses dérivés sont de plus en plus ressentis comme racistes». Ça remonte donc plus loin qu’on ne le croirait. Ce qui veut dire deux choses.La première, c’est que lorsqu’on écrit «nègre» en 1911, ce n’est pas tout à fait innocent, ce n’est pas «pas raciste», ce n’est pas juste un synonyme de «noir». La deuxième chose, c’est quela personne qui écrit «nègre» en 1911 n’est pas forcément une raciste militante, acharnée, convaincue, ni même consciente, sans doute, mais elle est le reflet et le véhicule d’une culture qui, elle, est raciste, dans le sens qu’elle croit à la différence hiérarchique des races,en considérant par exemple, comme l’écrit le scientifique et politicien genevois Carl Vogt dans ses Leçons sur l’homme en 1865, que le «nègre» se différencie du blanc par son «rapprochement prononcé vers l’animalité, particulièrement vers les singes». Voilà. Revenons au Luna-Park et à son Afrique Mystérieuse, qui est donc, écrit la presse «une troupe d’une centaine d’hommes, de femmes et d’enfants, qui constitueront un village africain» C’est – nous citons encore – «un campement qui rappelle tres fidelement un village du centre de l’Afrique», ou, plus précisément «un village sénégalais avec sa mosquée, son école, ses principales industries, ses moeurs, cent indigènes». Elle est installée quelque part là près de l’entrée, sur le côté gauche quand on regarde la pente de haut en bas.On y croise, lit-on,de «nombreux types curieux»,parmi lesquels, des individus issus des «tribus féroces» des Maures. Tout ce monde est offert au regard du public genevois, dans un dispositif assez courant à cette époque et jusqu’aux années 1930, un dispositif que les historiennes et les historiens appellent aujourd’hui un «zoo humain». Un article du magazine historique en ligne romand L’Inédit en parle ainsi: «Ces exhibitions, où des groupes de personnes issues des colonies sont engagées pour vivre en continu, sous les yeux du public, une simulation de leur vie d’indigènes dans un décor censé reproduire leur habitat naturel, se rapprochent en effet du dispositif d’un jardin zoologique. Les individus «exotiques» qui peuplent ces villages y sont montrés à la fois comme des objets de curiosité, à la manière des phénomènes de foire, et comme des spécimens de la diversité d’un monde supposément sauvage de plus en plus largement soumis par l’Occident. Ils sont également des illustrations vivantes du discours à prétention scientifique qui s’élabore à cette époque en affirmant qu’il existe entre les sociétés humaines des inégalités naturelles fondées sur des différences raciales.» L’historien fribourgeois Patrick Minder, auteur de plusieurs études sur les «zoos humains» en Suisse, estime le nombre de ces exhibitions, entre le dernier tiers du 19e siècle et le premier tiers du 20e, à une quarantaine. En Suisse romande, on trouve les traces d’une demi-douzaine de villages noirs, dont certains ont voyagé dans plusieurs localités. Genève en verra en 1896 (sur la plaine de Plainpalais, lors de l’Exposition nationale), en 1903 (dans le jardin d’une brasserie, avenue du Mail)et en 1911 (le nôtre, si l’on ose dire, celui du Luna-Park des Eaux-Vives, amené ici par un des entrepreneurs français spécialisés dans ce créneau, le dénommé Fleury Tournier).Le dernier village noirqui laisse des traces dans la région s’installe à Lausanne en 1930.L’ère des zoos humains s’achève là, mais le regard que ces spectacles ont contribué à installer reste là: un regard qui attribue aux Noir-e-s une infériorité pittoresque, touchante, sympa.C’est un regard à l’oeuvre dans ce qu’on appelle aujourd’hui «racisme bienveillant», qui n’affiche pas la haine, juste la croyance presqu’inconscienteen une supériorité naturelle, culturelleun peu parentale, qui justifie qu’on décide et qu’on parleà la place d’autrui. Bon. Êtes-vous encore là?Je vous laisse avec ces pensées et je vous retrouve quelques arbres plus loin. 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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 4e halte

«… et le célèbre nain, le baron Pouce» «Au Luna-Park de Genève. — Ces jours derniers est arrivé de Rome au Luna-Park de Genève, tout pimpant, le plus joli petit nain du monde. Petit, certes! Il ne mesure pas plus de 60 centimètres et comme il a atteint 22 ans et demi, il a toute chance de conserver sa vie durant ce record de la «lilliputianité». Le baron Pouce — c’est son nom — est Italien. Avec ses 6 kilogrammes bien comptés, il fait figure de conquérant. Car, au rebours de tant de ses semblables, le baron Pouce a le corps bien proportionné et l’intelligence tout à fait normale. L’oeil assuré et vif, la cigarette aux doigts, il répond sans broncher à toutes les questions qu’on lui pose dans sa langue, et c’est d’un air agréable qu’il pose devant l’objectif des gracieuses visiteuses de Luna-Park. Car c’est à Luna-Park, dans la Salle des fêtes ou par les vertes allées, que le microscopique phénomène va, quinze jours durant, faire la joie de tous les visiteurs de Luna-Park. On pourra le voir, gratuitement, lui serrer la menotte, lui parler, l’interroger sur tout… sauf sur ses amours! Car le baron Pouce est fiancé: il épousera prochainement Mlle Nouma-Hawa, une jeune beauté faite à sa taille.» Voici ce que raconte le 21 juin 1911 la Feuille d’avis de Ste-Croix et Journal du District de Grandson en visitant le Luna-Park de Genève dans le parc des Eaux-Vives. On aimerait les voir, ces photos, prises par les «gracieuses visiteuses», du baron Pouce, «le plus petit lilliputien connu», qui «parle italien et un peu anglais, et fume comme un sapeur barbu»,comme le précise le Journal de Genève. On trouve à vrai dire dans les greniers du Webdes cartes postales en italien montrant «Il barone Pouce e suo figlio». On trouve aussi un article paru deux ans plus tôt dans le journal The Malta Herald de l’île de Malte, qui raconte qu’un cinéma exhibe «un homme miniature», Baron Pouce, 47 ans, 90 centimètres, et «son fils miniature», 11 ans, 60 centimètres, c’est-à-dire précisément la taille du baron Pouce de Genève. Ce qui fait que la détective en vous s’éveille: le baron Pouce de Genève est-il donc en vrai son fils? A-t-il 13 ans en fait et non 22 et demi? Et à ce jeune âge est-il sur le point de se marier? Parvenue ici dans ses questions, l’enquêteuse en vous part en quête d’infos sur la fiancée présumée du lilliputien. Elle en trouve une: une carte postale montrant la «princesse Nouma Hawa», «la plus petite dame du monde», de passage à Zurich avec le spectacle itinérant Buffalo Bill’s Wild West, mise en ligne par le site d’archives anglais Wellcome Library, qui signale que la minuscule princesse, née sous le nom de Mathilda Cajdos en Roumanie, est morte, en fait, en 1909. Ses fiançailles deux ans plus tard avec le baron Pouce relèvent donc de la fake news. Mais qu’importe. Autour du baron et de son identité un peu floue se dressent les attractions mécaniques du Luna Park. Voici, à mi-pente entre le lac et le restaurant, «le vertigineux “Cyclone canadien”», une montagne russe longue de 1’000 mètres «qui permet d’éprouver la sensation de la vitesse, car, à certains moments, l’allure atteint 85 kilomètres-heure». Voici, sur la gauche si on regarde le restaurant, le Water-Chute, un toboggan qui plonge dans une piscine. Voici, juste en-dessous, les Vagues charmeuses, qui «vous transportent en plein océan grâce à une machinerie spéciale». Voici, quelque part par là, la Maison joyeuse, qui est en fait une maison hantée, et le Théâtre Tanagra, «avec sa scène lilliputienne et ses véritables danseuses qui, grâce à un effet d’optique, apparaissent hautes de 20 centimètres» qui est en fait une attraction basée sur un quota de nudité. Voici encore, venues du circuit déjà mondial des divertissements électriques et mécaniques, la Roue joyeuse, le Taquineur, le Zig Zag, le Bumps, l’American-Dip, le Cake-Walk, le Flip-Flap, la Toy Wheel,le Shooting Range,le Coup de vent, le Lac Vénitien avec ses gondoles,les promenades à dos de chameauxet l’Afrique mystérieuse, un nouveau «zoo humain», dont je vous parlerai si vous me suivezquelques arbres plus loin. LA SUITE DU PARCOURS RETOUR à la page d’accueil du parcours-récit Un Luna-Park oublié sous un parc

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UN LUNA-PARK OUBLIÉ SOUS UN PARC – 3e halte

30’000 personnes dans une cité magique Quelque part dans l’État américain du Nebraska, quelque part dans l’année 1865, une petite fille voit le jour sous le prénom de Luna. Luna Laura Dundy, c’est son nom complet. On ne sait pas comment ce prénom, Luna,qui veut dire «Lune» en italien et en espagnol, s’est répandu à cette époque-là aux États-Unis. Ce qu’on sait, c’est qu’il circule quelque peu, vers la fin du 19e siècle, qu’il disparaît vers 1900 et qu’il ne réapparaît qu’au seuil de l’an 2000. Ce qu’on sait aussi, c’est que le père de Luna, Elmer Dundy, s’active en tant que juge et que député pour l’abolition de l’esclavage et pour les droits des personnes amérindiennes.Ce qui signale, dans le contexte,un minimum d’ouverture d’esprit. Quoi qu’il en soit, Luna a un frère, qui se prénomme Elmer, comme leur père, mais que tout le monde appelle Skip. Skip Dundy commence une carrière d’entrepreneur spécialisé dans le parc d’attractions. Il part à New York, s’associe à un architecte appelé Frederic Thompson, et monte avec lui, à l’Exposition Panaméricaine de 1901,une attraction très novatrice qui donne l’illusion de faire A Trip to the Moon, c’est-à-dire «un voyage sur la Lune», à bord d’une fusée avec une paire d’ailes géantes de chauve-souris:une fusée appeléeLuna. L’attraction a un succès fou.Dundy et Thompson poursuivent dans leur lancée en créanten 1903 à Coney Island – le quartier balnéaire de New York –, un parc d’attractions d’un genre nouveau,où l’on retrouve le «Voyage sur la Lune» et auquel ils donnent le nomde la fuséeet de la soeur de Skip: Luna. Luna Park, donc. Le nom se révèle accrocheur.Au cours des dix années qui suivent,il est repris à Berlin, à Paris, à Tokyo, au Caire, à Mexico, à Melbourne, Australie, dans une série de villes aux États-Unis, et dans le parc genevois des Eaux-Vives, comme on le verra quelques arbres plus loin. Luna Dundy, devenue par mariage Luna Newman, n’est pas là pour voir tout ça, car elle est morte entre-tempsen couchesen 1906.Mais le prénom de cette fille du Nebraska reste rattaché jusqu’à nos jours et sans doute au-delàpartout dans le monde aux grands parcs d’attractions de l’ère électrique. À travers ce lien, attaché à son nom, le souvenir de Luna Dundy est ainsi aussi, entre ces arbres,même si la mémoire du Luna-Park qui remplissait ce parc s’est effacée. Un Luna-Park oublié dans ce parc, donc. Et pourtant, au cours du printemps et de l’été 1911, des centaines de milliers de personnes – parfois 20 à 30’000 en une seule journée –, paient un ticket d’entrée pour visiterce que la presse appelle une «merveilleuse cité magique». Le Luna-Park de Genève paraît mêmesuffisamment prestigieux pour mériter le 12 mai 1911 – c’est un vendredi –les discours inauguraux du maire des Eaux-Vives, John Gignoux, et du conseiller d’État Henri Fazy, qui vient témoigner du «plus haut l’intérêt» porté par le gouvernement cantonal «à toutes les entreprises destinées à développer l’industrie des hôtels». On pense en effet que le Luna-Park est bon pour le tourisme, ou, comme on dit alors, pour l’«industrie des étrangers». Henri Fazy précise au passage que «si nous remontons quelque peu le cours des années, nous voyons que tous nous sommes des étrangers et que le nombre des indigènes authentiques est infime. Seulement, ce qu’il y a de remarquable, c’est que nous devenons tous d’excellents Genevois». En citant ces discours pleins d’esprit, le Journal de Genève ajoute que «[l]a plupart des attractions de Luna-Park relèvent du domaine scientifique et ce ne sera pas un champ de foire. Qu’on se le dise». Scientifique?Voyons voir. Retrouvez-moiquelques arbres plus loin… LA SUITE DU PARCOURS RETOUR à la page d’accueil du parcours-récit Un Luna-Park oublié sous un parc

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