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29 mai 2020

TAMBORA, PYRAMUS, FRANKENSTEIN – 3e halte

SÉCHERON «Il y a plus de 1’100 Anglais par ici»

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Un bateau accoste,
quelque part là en bas,
sur le rivage de ce bout de territoire
qui se tient au-delà du carrefour
près duquel vous avez cliqué sur ma voix.

Un bateau accoste
au bord de ce territoire
dont le nom
– Sécheron –
signifie,
paraît-il,
dans un patois médiéval du coin,
«prairie sèche»
ou «terrain asséché».

Un bateau accoste
au bord de ce territoire
qui est aujourd’hui un quartier
mais qui est alors un hameau
appartenant à la commune du Petit-Saconnex,
un hameau qui,
logé aux portes de Genève,
amorce sa transition,
qui va des pâturages
qui le couvraient entièrement
aux hôtels chic
qui commencent à lui pousser dessus.

Des voyageurs
et des voyageuses
débarquent du bateau
et remontent vers l’auberge de Sécheron,
qu’on appelle aussi «auberge Dejean»
ou «hôtel d’Angleterre»,
et qui n’est pas l’Hôtel d’Angleterre actuel
sur le quai du Mont-Blanc,
mais qui se trouve
au croisement de la rue de Lausanne
et de l’avenue de Sécheron,
en haut du parc Moynier,
entre les parcs Mon Repos et La Perle du Lac,
dans un ensemble de bâtisses
dont les derniers vestiges
sont occupés aujourd’hui
par le Service des espaces verts
de la Ville de Genève.

Bref.

Des voyageurs
et des voyageuses
posent leurs valises
à l’auberge de Sécheron,
en ce mois de mai 1816,

Ce sont des touristes
au sens le plus littéral,
c’est-à-dire des gens qui font
un tour,
ou plutôt
le tour.
Ce tour,
qui s’appelle «le Grand Tour»,
avec des majuscules,
ou «The Grand Tour»
avec un the
et l’accent anglais,
ce tour est autant un voyage
qu’un rite de passage
et un signe de distinction.
Il s’agit
en gros
d’aller de l’Angleterre à la Méditerranée,
en passant par la Suisse alpine,
et en absorbant
en cours de route
– et ça prend du temps,
un temps de cheval,
si j’ose dire,
car le train
n’existe pas –
en absorbant
en cours de route,
disais-je,
la plus grande quantité possible
de culture classique
et de paysages romantiques.
Au 18e siècle,
on fait The Grand Tour
si on est aristocrate,
ensuite le tour s’arrête
au début du 19e siècle
pendant les guerres européennes dites «napoléoniennes»,
puis ça reprend,
après 1815
(c’est-à-dire après l’éruption du Tambora,
par coïncidence)
et ça s’élargit
de l’aristocratie à des tranches d’une bourgeoisie
de plus en plus nombreuse,
ce qui suscite
les soupirs agacés
des aristocrates qui n’en ont plus l’exclusivité,
et même
parfois
les soupirs agacés
de la bourgeoisie aussi,
qui se trouve,
pour ainsi dire,
un peu trop nombreuse
aux yeux d’elle-même.

Parfois
le Grand Tour passe par Genève,
qui sort
en 1816
de l’occupation française
et qui,
au lieu de redevenir la république urbaine
qu’elle était,
devient un canton,
membre d’une Confédération.

Une voyageuse,
une certaine Lady Frances Shelley,
s’arrête brièvement à Genève
cette année-là
au cours de son Grand Tour
et note dans son journal
qu’à Genève
(je cite)
«les gens sont ternes et vénaux»,
«les femmes en général sont jolies»,
«il y a plus de 1’100 Anglais»,
et parmi ces 1’110,
il y en malheureusement «tellement qui sont vulgaires».
Conclusion
de la dame:
«Je n’avais jusqu’à ce jour jamais quitté un endroit sans regret, mais je ne souhaite plus jamais revenir à Genève.»

Voilà le décor
dans lequel un bateau accoste,
vous disais-je,
le 13 mai 1816
et dans la nuée de Britanniques
qui débarquent
et qui montent vers l’auberge,
on repère le jeune poète Percy Bysshe Shelley,
24 ans,
cousin très éloigné
de la Lady Frances
qui se plaignait tout à l’heure,
et son amoureuse
Mary Wollstonecraft Godwin,
18 ans,
qui s’appellera,
quelques mois
et un mariage
plus tard,
Mary Shelley.
Un autre poète,
George Byron,
28 ans,
et son médecin privé,
John Polidori,
20 ans,
débarqueront
au même endroit
deux semaines plus tard.
Voilà la petite bande qui,
par une nuit d’hiver
du mois de juillet
se lancera
dans une villa de Cologny
un défi d’écriture
d’où surgira Frankenstein.
Frankenstein dont l’histoire
commence donc à Sécheron,
au-delà du carrefour
de l’avenue de France
près duquel vous avez cliqué sur ma voix,
que vous retrouverez
quelque arbres plus loin.

L’hôtel de Sécheron en 1823-1824 (© Bibliothèque de Genève)

LA SUITE DU PARCOURS

Vous reprenez le chemin qui monte vers le haut du Jardin
Vous poursuivez sur ce chemin, en tournant à droite avec lui
Vous avancez jusqu’à cet arbre, votre 4e halte
4e halte – BOLOGNE La fin du monde un 18 juillet

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