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29 mai 2020

TAMBORA, PYRAMUS, FRANKENSTEIN – 7e halte

MOLARD Mais un volcan n’est pas une pochette surprise

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Wolfgang-Adam Töpffer, Le jour de l’affaire des pommes de terre (1817) (© Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire Genève)

Un homme se tient assis,
tout habillé sauf ses fesses nues,
posées sur une caisse munie d’un trou.
Le public de l’époque reconnaît cet homme,
c’est le dénommé Joseph Des Arts,
membre du gouvernement,
saisi dans la posture caractéristique
que l’on prend pour évacuer.
Prévoyant,
Joseph Des Arts tient dans ses mains une feuille de papier,
prête à l’emploi pour s’essuyer.
Une feuille sur laquelle on lit un titre:
Droits du peuple.

C’est ainsi que le peintre et caricaturiste Adam Töpffer
(père,
entre parenthèses,
du Rodolphe Töpffer qu’on célèbre comme inventeur de la BD),
c’est ainsi,
donc,
que Töpffer père
représente,
en octobre 1817,
Le jour de l’affaire des pommes de terre
(c’est le titre du dessin).

L’affaire en question,
c’est une émeute
qui éclate entre les étals du marché
sur la place du Molard,
avec une flambée du prix des pommes de terre
comme déclencheur.
Le groupe émeutier
s’empare d’un stock de patates
pour imposer leur vente à moindre prix
en scandant des slogans
révolutionnaires
contre la nouvelle Constitution,
qui est,
elle,
bien réactionnaire.
Le peuple s’agite et revendique,
donc,
mais,
selon la caricature de Töpffer père,
ces revendications,
le gouvernement
se torche avec.

L’affaire des pommes de terre
a pas mal intrigué
les historiennes et les historiens.
Parce que,
en vrai,
à l’automne 1817,
du point de vue de la crise alimentaire,
ça va quand même mieux.
Et Genève,
qui est,
au niveau mondial,
l’un des territoires les plus touchés
par les effets climatiques
de l’éruption du Tambora,
Genève,
donc,
s’en tire plutôt pas mal
comparée au reste du pays,
grâce aux différentes mesures prises
prises face à la pénurie.
Et pourtant,
malgré tout ça,
c’est à Genève,
en octobre,
qu’a lieu la seule rébellion populaire en Suisse
liée aux pénuries de l’année sans été.
L’émeute des patates
sur la place du Molard,
(qui se trouve,
à vol d’oiseau,
dans le prolongement de ce chemin)
est donc une protestation qui va,
si l’on ose dire,
au-delà de la faim.

L’affaire des pommes de terre,
comme les autres phénomènes que j’ai évoqués le long du chemin,
les ciels rougeoyants peints par Turner,
la naissance de Frankenstein,
la création de ce jardin botanique sous la forme d’un champ de pommes de terre,
tout ça,
ce sont,
dans une certaine mesure,
des conséquences
de la catastrophe volcanique du Tambora.
Et ce n’est pas tout.
Parmi les répercussion de l’éruption,
il y aurait aussi
selon les spécialistes les plus connus
de cette affaire,
Gillen D’Arcy Wood
et Wolfgang Behringer,
le choléra du Bengale,
première pandémie de l’histoire humaine,
en 1817.
Et l’introduction de la culture de l’opium
dans la province chinoise du Yunnan
et dans le Triangle d’or entre Laos, Thaïlande et Birmanie.
Et un certain nombre de vagues migratoires
de l’Europe à l’Amérique
et de l’Est à l’Ouest des États-Unis.
C’est donc,
comme le suggère le titre
retentissant
du livre de Gillen D’Arcy Wood,
l’histoire du «volcan qui a changé le cours de l’histoire»,
ou,
en V. O.
«the eruption that changed the world».
Cette toile d’araignée d’effets globaux,
ne commence à sortir de l’ombre qu’un siècle plus tard,
après qu’une autre éruption,
celle du Krakatoa
en 1883,
déclenche les premières études
sur les effets atmosphériques des volcans.

Mais un volcan
n’est pas une pochette surprise,
un terrifiant chapeau magique
d’où un monde
différent
surgit tout cuit.

Déjà,
selon les climatologues,
les retombées du Tambora n’expliquent pas la totalité
du refroidissement,
qui avait déjà commencé,
en fait,
depuis une dizaine d’années.
D’où vient
alors
le reste du froid?
Comme très souvent,
il n’y a pas de certitudes,
seulement des hypothèses:
celle d’une activité solaire réduite,
connue des astronomes sous le nom de «minimum de Dalton»;
celle d’une autre éruption,
en 1808 ou 1809,
dont on découvre les traces deux siècles plus tard dans la glace polaire,
mais dont on ignore le lieu,
car personne ne l’a vue et racontée;
celle du hasard,
enfin,
des fluctuations aléatoires dans le système climatique
qui étaient une influence majeure du changement de climat
avant que l’activité humaine
ne prenne le dessus.

Déjà,
donc,
il y a tout ça.

En plus,
d’autres changements
économiques et politiques,
d’autres climats
sociaux et culturels
ton commencé à transformer
en profondeur
les sociétés
dans les années avant l’éruption du Tambora,
des changements qui vont
des crises et des traumas induits par les guerres napoléoniennes
aux transformations de fond en comble de l’industrie,
qui a commencé à virer des gens et à installer des machines,
autrement dit à se mécaniser.

Pourquoi
avec tout ça
la science étudie-t-elle aujourd’hui le cas Tambora?
Je cite,
à nouveau,
Gillen D’Arcy Wood:

«L’éruption de 1815 est considérée comme un exemple de scénario du pire dans le domaine du changement climatique, comme un cas d’école en matière d’interactions entre la Terre et les systèmes humains, comme un événement qu’on étudie pour en savoir plus sur les vulnérabilités et sur la résilience des sociétés.»

Ce sera
presque
mon dernier mot,
à l’exception d’une conclusion
qui vous attend près de la serre tempérée,
quelques branches plus loin.

LA SUITE DU PARCOURS

Vous reprenez le chemin, dépassez la serre tempérée et vous glissez sous le grand arbre qui se tient face à elle
8e halte – CONCLUSION Il faut aimer les monstres qu’on crée

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