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28 mai 2020

TAMBORA, PYRAMUS, FRANKENSTEIN – 1e halte

TAMBORA L’éruption qui envoya Pompéi se rhabiller

Cliquez sur PLAY pour écouter le récit, puis atteignez l’arbre suivant selon le PLAN ou le guide en images en pas de cette page
Tableau de Greg Harlin Wood, Ronsaville Harlin, Inc.

C’est un bout de terre
dans un archipel d’îles-royaumes
en Indonésie.
On y vit en cultivant du riz et des haricots
pour soi-même,
en produisant du poivre et du café
pour le marché mondial,
en cueillant des nids d’oiseaux
supposément aphrodisiaques
pour le marché chinois
et en élevant des poneys
qu’on appelle «chevaux de Sumbawa»,
car c’est le nom
de ce bout de terre:
Sumbawa.

L’île s’est peuplée vers 1400
avec des gens venus des terres voisines
qui parlent plusieurs langues différentes
et qui,
semble-t-il,
ne se comprennent pas.
Des marchands arabes
et portugais
se sont pointés
peu après
en quête d’épices.
Deux siècles plus tard,
autour de 1600,
des Hollandais ont envahi
et soumis
la région,
mais l’île de Sumbawa
les intéresse peu:
elle passe,
si l’on peut dire,
entre les gouttes
de la colonisation
et continue à s’occuper
de ses affaires.

Ses affaires,
ça inclut le fait
de surveiller les crachotements
et les grognements
d’un volcan,
qui se tient dressé dans le nord-est de l’île
au bout d’une péninsule
appelée Sanggar.

Le volcan
s’appelle
Tambora.

Il dort
depuis des temps immémoriaux,
mais dernièrement
son sommeil paraît agité.
Les croyances locales
interprètent ces turbulences
comme le tapage d’une fête de mariage
entre divinités,
ou comme une protestation divine
contre les peuples de la région
et contre leurs rajas
– c’est-à-dire leurs rois –
qui n’ont pas su faire barrage
aux envahisseurs blancs.
Quoi qu’il en soit,
le 5 avril 1815
le remue-ménage du volcan
monte d’un cran:
détonation,
colonne de flammes,
tremblement du sol de l’île,
flocons de cendres se posant
en une couche épaisse
sur les plants de riz,
qu’il faudra ensuite
soigneusement
laborieusement
nettoyer.

Cinq jours passent comme ça,
jusqu’au 10 avril
1815
à 19h.

Ensuite,
c’est la fin du monde:
colonnes de feu
qui se rassemblent au milieu du ciel en une boule tourbillonnante,
grêle de pierres ponces
grosses comme des poings,
pluie bouillante,
poussières asphyxiantes,
rafales d’ouragan
qui font s’envoler les gens,
les chevaux,
et les arbres propulsés en l’air comme des javelots en flammes.
Et aussi
rivières de lave,
tsunami lorsque l’avalanche de magma soulève la mer,
puis effondrement du sol,
à mesure que le volcan se vide,
laissant une caldeira,
c’est-à-dire un cratère implosé,
de 7’000 mètres.

Et puis nuit noire
qui dure deux jours,
noire au point,
selon un témoin,
qu’«on ne pouvait pas voir sa propre main quand on la tenait près des yeux».

100’000 personnes,
estime-t-on,
meurent carbonisées,
transformées en statues,
figées dans leur dernier geste,
comme la population de Pompéi,
ou alors broyées,
ou empoisonnées par les cendres qui souillent les puits
ou affamées par la destruction des subsistances.

Seul-e-s
le souverain de la péninsule,
sa famille
et quelques douzaines de villageoises et villageois
parviennent,
on ne sait trop comment,
à se sauver.

Tambora
1815,
c’est la pire éruption
de l’histoire de l’humanité.

Je vous la raconte ici,
devant la serre volcanique du Jardin botanique.
Je vous la raconte ici,
à 12’000 km et 205 ans de distance,
parce que ses effets sont durables
et planétaires.
Je vous la raconte ici
parce qu’elle est
connectée
d’une certaine manière
à ce jardin.

Mais sur le moment,
il n’y avait pas grand monde
pour la raconter.

Pas les habitants
et les habitantes,
balayé-e-s.
Pas le raja en fuite.
Pas les Anglais,
qui viennent alors de prendre
temporairement
le relais des Hollandais
en tant que colonisateurs,
mais qui passent cette apocalypse
plus ou moins sous silence,
car pour le commerce,
un volcan actif dans le coin,
c’est de la mauvaise publicité.

À l’époque,
donc,
et pendant un siècle,
Tambora,
on n’en parle presque pas,
alors même que la planète
toute entière
vit des choses étranges,
parfois monstrueuses,
parfois
aussi
bizarrement merveilleuses,
des choses
téléconnectées,
comme disent aujourd’hui les climatologues,
à l’éruption de ce volcan.
Des choses que
la planète entière
vit sans faire le lien,
sans savoir pourquoi,
mais dont je peux vous parler aujourd’hui,
deux siècles et cinq ans plus tard,
si vous me retrouvez
quelques arbres plus loin.

LA SUITE DU PARCOURS

Vous remontez sur le chemin et poursuivez le long de la serre jusqu’au croisement, où vous tournez à droite
Vous descendez le long de la grande allée, avec l’autre grande serre, dite «tempérée», sur votre gauche
Vous atteignez la fontaine et tournez à gauche
Vous contournez la chevelure tombante de cette plante pour vous glisser dessous, c’est votre 2e halte
2e halte – LONDRES Les couchants rouges d’une année sans été

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