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18 mai 2020

Données personnelles [1/3] : mon smartphone, Petit Poucet des temps modernes

L’Espace le 4e a accueilli pendant quelques mois l’exposition Data Detox réalisée par la Bibliothèque de l’EPFL. Durant cette période, vous avez peut-être participé à un de nos ateliers Data Detox. Cette année encore, l’Espace le 4e vous proposait d’explorer ensemble les données personnelles. Un premier atelier devait avoir lieu en mars puis un second en mai 2020.

Avant de pouvoir recommencer à participer aux ateliers du 4e, nous allons explorer les données personnelles en 3 épisodes : Mon smartphone Petit Poucet des temps modernes [1/3]  ; Des applications un peu trop gourmandes [2/3] (mercredi 3 juin) et Cookies et bulles de filtres ou la cuisine des GAFAM [3/3] (mercredi 17 juin). L’objectif de ces trois épisodes est de comprendre les données personnelles et leurs enjeux, ainsi que de fournir quelques bonnes pratiques à adopter si vous le désirez.

Dans cet épisode, nous allons découvrir les données de localisation géographique collectées par notre smartphone. Dans le prochaine, nous nous intéresserons à la collecte, souvent excessive, des nos données par nos applications préférées. Le dernier épisode expliquera comment la collecte de nos données influence notre comportement en ligne et nous enferme dans une bulle invisible. Nous allons discuter dans ces trois épisodes de toutes les données qui sont collectées avec notre consentement. Nous ne discuterons pas d’aspects liés à la sécurité de notre vie numérique tels que le hacking.

Nous sommes tous des Petit-Poucet sur le web

Les données personnelles sont toutes les traces que nous laissons sur le web par le simple fait d’en utiliser les divers services ou d’avoir un appareil qui y est connecté. En ouvrant une application, en faisant une recherche sur Google ou en consultant la météo en ligne, nous produisons des données. L’application en question, le moteur de recherche Google ou le site web pour la météo enregistrent des éléments concernant l’usage qu’on en fait. L’heure à laquelle on s’est connecté, l’appareil qu’on utilisait, l’emplacement géographique où on se trouvait et bien d’autres éléments sont capturés pour mieux nous connaître.

Couverture du roman jeunesse Le Petit Poucet, c’est moi ! de Christophe Mauri ; illustré par Marie Caudry.

Il est important de souligner qu’une donnée toute seule, sauf peut-être notre numéro AVS, ne permet pas de nous identifier ou de déduire notre comportement ou nos désirs. Le propre des algorithmes est de réunir toutes les traces que nous laissons sur le web pour créer notre profil numérique et ainsi connaître nos habitudes, nos envies, nos croyances et bien d’autres. Cela permet aux plateformes de nous proposer du contenu qui nous plaît. Et c’est bien pratique d’avoir recours à l’historique des éléments consultés lorsqu’on veut retrouver cette paire de chaussure qu’on a vu il y a quelques jours sur un site marchand !

Mais la mise en relation de toutes les traces que nous laissons volontairement permet aux plateformes web de les monétiser, le plus souvent pour nos proposer de la publicité très ciblée. L’enjeu principal dans notre usage quotidien du web est que nous fournissons constamment et gratuitement des données qui sont monétisées à notre insu par les entreprises telles que Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft. Notre profil numérique, construit par les algorithmes à partir des données collectées lorsqu’on utilise internet, est la matière première commercialisée par des acteurs tels que les data brokers.

Des applications qui veulent constamment savoir où je suis

De nombreuses applications de notre smartphone utilisent la géolocalisation à notre insu ou pas. Pour certaines applications, c’est très pratique ! Par exemple, pour trouver un restaurant indien proche de ma position actuelle ou pour se rendre à une adresse dans un quartier que l’on connaît pas très bien. Pour d’autres applications, connaître notre position actuelle n’est pas utile pour son fonctionnement mais c’est une donnée qui est potentiellement vendue à des services web tiers ou à la marque de notre smartphone.

Un documentaire de 2016 s’intitulant Harvest illustre la gourmandise des applications de notre smartphone en matière de localisation géographique. Il a déterminé qu’en une semaine le smartphone de Jenni a partagé 3545 fois sa position GPS à ses applications. Les applications, utilisées ou pas par Jenni, interrogent constamment son smartphone en lui demandant « où est Jenni ? », « où est Jenni ? », « où… ?».

Désactiver la géolocalisation pour les applications qui n’en n’ont pas besoin

La fonction de localisation n’est pas nécessaire pour le fonctionnement de certaines applications. Une application pour prendre des notes n’a pas besoin de savoir où nous nous trouvons pour fonctionner. Sur votre smartphone, vous pouvez donc autoriser ou refuser l’utilisation de la fonction de localisation pour chacune des applications que vous utilisez, voici la marche à suivre.

Apple

Se rendre dans les Réglages de son iphone, puis cliquer sur Confidentialité

Cliquer sur Service de localisation

On trouve la liste de applications. Pour désactiver le service de localisation d’une application en particulier, cliquer dessus.

On peut choisir une des options pour le service de localisation : désactiver la localisation (jamais), activer la localisation (toujours) ou activer la localisation uniquement quand vous utilisez l’application (lorsque l’app est active).

Android

Se rendre dans les Paramètres de son smartphone et cliquer sur Applis et notifications.

Cliquer sur Autorisation des applications.

Cliquer sur Localisation.

La liste des applications utilisant la fonction de localisation s’affiche. Vous pouvez activer ou désactiver cette fonction.

D’autres réglages supplémentaires liés à la géolocalisation de votre smartphone sont présentés dans la brochure Data Detox.

Smartphone et géolocalisation : plus d’une corde à son arc

La fonction de localisation n’est pas l’unique méthode utilisée par notre smartphone pour savoir où nous sommes en tout temps.

Pour chaque recherche Google effectuée, pour chaque emoji envoyé ou contenu publié sur un réseau social, notre smartphone communique avec les antennes de réseau mobile les plus proches de notre localisation géographique. Notre fournisseur de réseau (Swisscom, Salt, …) est donc capable d’archiver nos déplacements en identifiant les antennes utilisées par notre smartphone. Même en désactivant la fonction de localisation, notre fournisseur de réseau connaît et conserve tous nos déplacements. C’est ce qui est illustré dans une animation créée par le journal Die Zeit. On découvre tous les déplacements effectués par un politicien allemand sur 6 mois grâce aux données collectées par son fournisseur de réseau.

Extrait de l‘animation de Die Zeit recréant les déplacements quotidiens enregistrés par le fournisseur de réseau d’un politicien allemand

Mais notre smartphone est un Petit-Poucet encore plus efficace. Nos emplacements géographiques sont aussi enregistrés dans chaque photographie qu’on prend. C’est une des nombreuses informations automatiquement enregistrées par notre appareil, comme par exemple, la date à laquelle on prend la photo. Les signaux wi-fi constamment émis par notre smartphone, même en désactivant la fonction wi-fi, permettent aussi de connaître notre localisation.

Quelques points sur une carte ça veut dire beaucoup

Les emplacements géographiques enregistrés par un smartphone…
Source : One Nation Tracked du NYTimes

Ces petits points géographiques enregistrés par notre smartphone peuvent paraître anodins. Mais les algorithmes arrivent facilement à croiser ces localisations avec d’autres données collectées par notre smartphone ou notre fournisseur de réseau pour reconstruire notre quotidien.

… révèlent la vie d’une personne.
Source : One Nation Tracked du NYTimes

Parfois, les données de localisation des utilisateurs d’une application peuvent révéler l’emplacement de bases secrètes de l’armée américaine ! C’est le cas de l’application Strava utilisée par les militaires américains pour leurs séances de jogging. Elle a enregistré leurs trajets sportifs mais également tous leurs autres déplacements quotidiens. Un internaute a découvert l’emplacement de bases militaires américaines et françaises en plein désert grâce aux données mises à disposition par l’application Strava.

L’équilibre fragile du Petit-Poucet

Nous pouvons maîtriser la collecte de certaines données de localisation sur notre smartphone. Pour d’autres données de localisation, notre Petit-Poucet n’est pas maîtrisable. Et puis, la géolocalisation sur notre smartphone c’est tellement pratique ! Nous pouvons tout de même trouver un certain équilibre en autorisant la localisation sur une application comme Google Maps mais désactivant la localisation pour une application qui nous aide à gérer notre liste de courses. Cela réduira un peu le nombre de traces qu’on laisse sur le web.

L’objectif de ces trois épisodes est de comprendre les enjeux de la collecte de nos données personnelles, même si on ne change pas complétement nos habitudes numériques. Dans le prochain épisode, disponible le mercredi 3 juin, nous découvrirons quelles autres données sont capturées par les applications sur notre smartphone, ce que cachent si bien les conditions d’utilisation de nos applications et quelles autres bonnes pratiques adopter en matière de données personnelles.

Pour aller plus loin

Il existe d’autres réglages à effectuer sur son smartphone ou d’autres comportements sur le web pour limiter son empreinte géographique numérique. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter la brochure Data Detox de l’exposition de la bibliothèque de l’EPFL. Puis, lorsque cela sera de nouveau possible, nous rendre visite à l’Espace le 4e, participer à un de nos ateliers sur le numérique, les nouvelles technologies et les jeux vidéo ou emprunter un-e bibliothécaire !

Pour toute question concernant le sujet de cet épisode : cite-quatrieme.bmu@ville-ge.ch.

Photographie de couverture de l’article par Ingo Joseph.

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