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28 juin 2018

Parc La Grange, 1937 – Promenade fatale et digestive

Au cours d’une promenade digestive dans le parc, le fondateur des jeux olympiques s’écroule dans l’herbe au bord du chemin

Parc La Grange, juillet 2013 © Ville de Genève/Magali Girardin

L’article_ «Le père de l’olympisme enfin honoré sur le lieu de sa mort», par Thierry Mertenat, Tribune de Genève, 08.09.2017

L’extrait choisi
«Le jeudi 2 septembre de cette année-là, en début d’après-midi, un homme bien dans son âge entame sa promenade digestive dans le parc La Grange. Son pas est léger comme le repas qu’il vient de prendre dans une pension de la ville. Ancien sportif émérite (boxe, escrime, équitation, aviron), ce marcheur encore inconnu est «impeccablement vêtu», la distinction aristocratique se vérifiant dans le port de «guêtres grises» et d’une «grosse perle» au niveau du nœud de cravate.
C’est cela que remarque d’abord le gendarme du poste des Eaux-Vives, qu’un passant est allé chercher en courant avec son chien, après avoir découvert un corps couché dans l’herbe, en bordure de chemin remontant vers le cordon boisé du parc. Les guêtres, la perle et ces yeux grands ouverts qu’il faut maintenant fermer car le cœur a cessé de battre. Crise cardiaque, mort subite d’un baron. (…)
[À] Genève, que reste-t-il de cet épisode tragique, mis à part un certificat de décès dans les archives de l’Etat civil? Rien jusqu’à la fin des années 90. Retraité mais bien vivant, le gendarme de l’époque, qui a fini sa carrière comme adjudant-chef, reçoit un beau matin un téléphone du CIO. Juan Antonio Samaranch, le président en exercice (…) convoque René Grandchamp, car il veut tout savoir de la disparition genevoise de Pierre de Coubertin.
L’entrevue a beau être privée, elle débouchera sur une initiative publique: la plantation en 2000 d’un mélèze à l’endroit où est mort le baron. Un simple écriteau, accroché à l’arbre, signalait sobrement cet épisode peu connu. Depuis, le panneau explicatif a été vandalisé sans être jamais remplacé. Le gendarme meurt à son tour en 2005. Même si le mélèze est de «bonne tenue», il ne racontait plus rien à personne.
Il vient enfin de reprendre du service symbolique, grâce à la pugnacité d’une société de vétérans en uniforme, celle des retraités du corps de police de Genève, dont les 575 membres fêteront leur centenaire commun en novembre. L’actuel président, Jean-Pierre Eracle, s’est battu comme un marathonien (il a couru dix fois la distance en compétition officielle) pour que l’on installe une «plaque épigraphique» de meilleure allure, soit un totem métallique planté sur un petit socle pavé, montrant le visage souriant du baron moustachu, ses fameux anneaux en cinq couleurs et un texte gravé indiquant la date et le lieu de cette mort olympique. La Commission des monuments, de la nature et des sites, réputée pour son olympisme pointilleux, a fait changer le portrait, avant de donner son accord du bout des lèvres. (…)
Le maire de la Ville de Genève, Rémy Pagani, (…) observa[i]t au passage que «c’est à lui, Pierre de Coubertin, que l’on doit, quelque part, tous ces gens qui courent dans nos villes.»
Au même moment, dans son dos, une joggeuse traversait d’une foulée élégante la pelouse du parc. Comme une contradiction bienvenue au milieu de cette réunion majoritairement masculine, faisant l’éloge d’un visionnaire qui avait imaginé plein de choses pour fortifier l’idéal olympique, excepté l’avènement du sport féminin.»

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